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Être communiste vingt ans après Politique. Comment vit-on dans une ville communiste; vingt ans après la chute du Mur de Berlin ? Exemple à Gonfreville. Un vent glacial fouette le petit centre commercial face à la mairie. En sortant, des immeubles de bailleurs sociaux longent l'avenue... Lénine. Votre route vous mène jusqu'au site Océane et ses 60 magasins. Le coeur de ville qui bat fort se cherche encore. Voilà pour les « hauteurs ». En bas, la route des Falaises longe la zone industrielle avec la caricature des pétroliers et des fumées blanches. Face à elle, une tranquille cité de Mayrville, héritage d'un autre temps, celui où le paternalisme se mêlait à la vie ouvrière. L'équipe d'Hispano-Suiza, là où travaillait Jean-Claude, 59 ans, rencontré dans une de ces allées propres. IL habite à Étretat, et revien à Gonfreville-l'Orcher, une commune bizarrement fichue, sans âme apparente. Pourtant, les habitants au nombre de 9 307 s'y sentent bien. En phase avec la politique développée par ceux qui dirigent cette ville populaire labellisée communiste. Et cela fait 60 ans que cela dure. Jean-Claude résume le sentiment général : « Ici, c'est la vraie vie ouvrière, il y a un sentiment de fierté et les jeunes sont heureux de leur municipalité ». Le communisme, à quelques kilomètres du Havre, dépasse les clivages idéologiques. « Rare que l'on veuille partir » La personnalité de l'enthousiaste Jean-Paul Lecoq, qui se sent très libre dans sa famille politique, entraîne une large adhésion. Maire depuis 14 ans, il a été élu l'an dernier avec un score à la sauce soviétique, le meilleur de la région, un joli 86%. Un chiffre qui en dit long sur la popularité d'un homme de contacts et de convictions, au talent politique indéniable, qui dépasse les frontières locales, jusqu'aux bancs de l'Assemblée nationale où ol siège depuis plus de deux ans. Dans son assemblée municipale, deux membres de la « minorité », qui pratiquent plus une contradiction qu'une opposition. Vivre à Gonfreville où le chômage (1 023 demandeurs d'emplois) et la précarité (213 érémistes) sont galopants, c'est être assuré d'être aidé. Les enveloppes budgétaires donnent la mesure de ce soutien social : 323 000 euros pour l'aide alimentaire ; 10 000 euros viennent au secours des jeunes en difficultés. Leurs tickets de bus sont pris en charge en partie (654 cartes par mois pour une valeur de 126 000 euros par ans). « A Gonfreville, on ne laisse pas les personnes sans rien », reconnaît Saïd Agdour, le jeune patron de la Tour de pizz, place du vieux-Colombier. « C'est rare que l'on veuille partir d'ici, vous savez... » En face, à l'arrêt de bus, un homme tire sur sa cigarette, Bruno, la cinquantaine, est arrivé il y a une dizaine d'années. Il trouve que sa commune « a tout ce qu'il faut en installations et propositions diverses. Mais, Gonfreville ressemble de plus en plus à une ville d'assistées... » A l'Agies, important centre social (550 familles adhérentes), on cultive, au contraire, l'accompagnement avec la population. « A travers nos activités (petite enfance, parents/ados, familles... ) nous laissons toute la place à l'habitant », explique Pascal Dumesnil, le directeur, Jean-Paul Lecoq prône un certain nombre de valeurs, celles de « la solidarité, de l'émancipation, de l'éducation... Dans une société où tout est marchandise, il est important que chacun puisse faire son apprentissage, avec un savoir pour tous. » Parler de sa ville où il est né a un sens pour Stéphane Lebourg, le chanteur engagé des Red Lézards. Certains titres collent à la réalité de la pollution et de la vie ouvrière. « Il n'est pas question d'y voir que des côtés négatifs. Gonfreville, c'est un style de vie, la proximité, un mode participatif des habitants, la culture pour tous. Nous avons été beaucoup aidés, moins aujourd'hui, mais je n'ai pas changé d'opinion... »Longtemps enviée pour sa richesse, dotée d'équipements dignes d'une commune de 30 000 habitants, grâce à une taxe professionnelle confortable, Gonfrevile-l'Orcher fait effectivement depuis 2000, depuis la stratégie communautaire obligeant à faire « pot commun », l'expérience d'une réalité budgétaire. Aujourd'hui, Jean Paul Lecoq défend ces moyens mis à disposition de tous : « A part, l'eau, les transports et les déchets, il faut se battre pour le reste... » A demi-mots, la maire communiste affûte ses armes pour, « pourquoi pas, peut-être » dépasser les contours locaux pour entrer aux portes d'une grande ville tenue un temps par des communistes... (source Havre Libre) Patricia Lionnet |