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Conférence de
Presse sur la situation du logement en particulier au Havre Nathalie NAIL et Maryvonne RIOUAL Vendredi 12 octobre 2007
Je vous remercie d’avoir répondu présent à cette invitation.
Si nous avons choisi de faire cette conférence à la veille du 15 octobre (date de la trêve hivernale pour les expulsions locatives) c’est : - d’une part, pour faire la lumière sur cette pratique d’un autre âge ,- d’autre part, l’occasion de faire un point sur la situation du logement au Havre, situation particulièrement inquiétante et intenable dans les faits, pour les familles qui sont en recherche de logement. C’est également pour dénoncer le scandale qui consiste à faire croire que l’on fait du Havre une ville à vivre alors qu’on en fait une ville à exclure !
Dans la poursuite de la venue du Bus du logement au Havre le 9 octobre 2006, notre groupe de travail a continué de collecter les informations pour établir le livre noir du logement social au Havre que nous sortirons dans les prochains jours. Travail de longue date.
Les expulsions : En effet, nous avons connu ces derniers jours une vague d’expulsions locatives à un rythme rarement atteint sur l’agglomération. Avant-hier soir, nous intervenions pour empêcher l’expulsion d’une famille avec enfants dans l’attente d’un hébergement qui n’était pas trouvé, et ce matin encore, nous étions interpellés sur une autre situation urgente. Le dispositif d’hébergement d’urgence sur la ville est engorgé. La DDAS, qui observe les entrées en CHRS, note que la part d’admissions au motif d’expulsion est très nettement plus important au Havre qu’à Rouen ! Par ailleurs, j’ai vu des dossiers où le bailleur demandait l’expulsion pour moins de 800€ de dettes….Il faut savoir aussi que l’expulsion ne règle rien ! Ça coûte très cher à la société, plus cher parfois que la dette en cours… Et surtout, ce sont les gens, les familles modestes qui sont les premières victimes, jetées à la rue, laissant des traumatismes, notamment chez les enfants. Aujourd’hui, une part croissante du budget des Français est consacrée au logement : en 2005, cette part atteignait un niveau moyen de 24,7%. En 2006, pour de nombreux ménages, cette part dépasse 40%. Or le pouvoir d’achat des Havrais étant inférieur de 20% à la moyenne nationale, la situation ici est encore plus grave. Selon une enquête de l’Insee, 800 000 personnes ont dû séjourner au moins une fois dans la rue ou dans un centre. Une situation qui ne touche pas que les personnes sans-emploi, puisqu’il apparaît dans cette étude qu’un tiers de ces personnes sont des salariés, ouvriers non qualifiés. Au Havre, des personnes vivent à l’année dans un garage ; d’autres, qui avant l’expulsion, partent d’elles-mêmes, et se retrouvent à 10 dans un logement ou un taudis, puisque certains individus sans aucun scrupule, que l’on appelle « marchands de sommeil », profitent aussi de ce système.
Alors pourquoi cette situation ? Le pouvoir d’achat bien sûr, mais aussi la pénurie de logements au Havre. Pourtant, nous devrions avoir le sentiment que le logement va bien dans notre ville, puisque depuis des années, des grues surgissent partout. Mais nous devons nous rendre à l’évidence : elles n’ont pas vocation à répondre aux besoins de la majorité des Havrais !
Un peu de mathématiques : oui les chiffres sont éloquents sur la situation : En septembre 2006 : 8 432 demandeurs de logements (chiffres de l’USH auxquels n’adhère pas Dialoge, chez qui nous estimons les demandes à près de 800 ) donc : un peu plus de 9 200 demandes dans le logement social, dont 1700 sont déjà logés, mais souhaitent emménager dans un plus grand ou plus petit logement au regard de l’évolution de la famille. Donc 7500 demandes de logements de gens qui ne sont pas logés. Ce n’est pas rien ! D’autant que la demande ne cesse d’augmenter ! Pendant ce temps, la municipalité fait détruire 2 100 logements ! (1 848 sur le plateau Nord, 260 sur les quartiers sud) Alors, il est prévu d’en reconstruire 1 450 sur les quartiers nord, et 260 au sud, mais pour l’instant seuls 110 sont à ce jour livrés (dont 13 PLAI) et occupés, et 200 en construction !! Calculons bien, le compte n’y est pas. Dans une période où 9 200 demandes sont en instance, il est scandaleux de reconstruire moins que l’on ne détruit. Il faut même construire davantage pour répondre à l’attente. Quand par ailleurs, on a détruit essentiellement des logements PLAI, c'est-à-dire des logements destinés aux familles à faibles ressources et on reconstruit sur la prévision de 1491 reconstructions : 62 PLAI !!! 340 PLUS CD et 1089 PLUS ? Que va-t--on faire des familles à bas revenus ? Les ménages qui ont quitté un logement démoli disposent de ressources très faibles : 67,5 % des familles ont des ressources inférieures à 60% des plafonds du logement social. Pour revenir un instant sur les démolitions : fallait-il démolir ? Peut-être ? Sûrement à certains endroits, mais peut-être pas en totalité ? Et surtout, il aurait fallu construire avant pour que la population s’y retrouve. Et au Havre, on pouvait le faire puisque les terrains existaient ! Parce que lorsqu’on démolit on ne règle pas les problèmes : « on les déplace seulement ». Et quant à vouloir, à cette occasion, faire de la mixité sociale, si c’était l’objectif visé, ce serait tant mieux, et ça se saurait ! Mais ce n’est visiblement pas le cas : 2 ménages sur 3 sont relogés dans leur quartier d’origine -dans des quartiers fragilisés, voire très fragilisés- (44% des relogements ont été réalisés dans des immeubles très fragilisés. (Etude AURH de mars 2007) - Et puis, il y a des grands ensembles qui vivent bien, il n'y a qu'à voir à Mont-Saint -Aignan par exemple, ou plus près, les résidences de France... Ce n'est pas le logement qui pose problème mais l'absence de solutions pour régler les problèmes sociaux des gens qui y sont logés !!!*** La politique de la ville revient donc à....déplacer les problèmes et en ajouter d’autres, car on détruit des beaux logements, des grands logements, avec des loyers abordables (avec des loyers qui étaient bien en deçà des plafonds et qui comprenaient souvent l’eau chaude et le chauffage). Mais aujourd’hui, ce qui est construit, ce sont essentiellement ...des F2, F3 (car plus rentables) et en PLS, comme je l’ai déjà dit. On ne tient pas compte du vieillissement de la population. Quant à l’adaptabilité des logements aux handicapés, ça semble être du domaine de l’impossible, pourtant nous sommes tous susceptibles d’être un jour handicapés et cloués dans un fauteuil, même si ce n’est que temporairement, et ne plus pouvoir se déplacer chez soi, ou ne plus pouvoir sortir de ce fait, est quand même difficilement imaginable, mais il faudra bien s’y faire, car adapter tous les logements au minimum, c’est impossible nous a répondu un jour le Maire ! Alors, dans les nouvelles constructions on ajoute aussi des loggias, des pièces de rangement, ce qui augmente d'autant les surfaces habitables, donc les loyers –et les impôts locaux- (Ainsi les Havrais ne trouvent plus à se loger à hauteur de leur niveau de vie, c’est-à-dire à des conditions raisonnables !!) Cela entraîne des demandes en complet décalage avec les offres : on a des logements neufs en centre ville ou à Caucriauville qui restent inoccupés des mois, ne trouvant pas preneurs : loyers trop élevés, logements trop petits. Autre problème
qui surgit, et pas le moins scandaleux, celui-ci
L’ANRU pourtant devait encadrer tout cela. Agathe CAHIERRE elle-même disait, lors d’une réunion en mai dernier, que le reste à payer ne devait pas avoir augmenté lors de la reconstitution de l’offre, c’est dans le règlement général de l’ANRU ! Sauf qu’hier, à la radio, elle revenait sur cette disposition, expliquant que les bailleurs n’avaient pas d’autres solutions que de proposer des loyers plus élevés pour équilibrer leurs opérations ! Ah oui ? Et si la ville avait fait un effort de son côté sur le foncier, il en serait peut-être autrement pour les locataires ? Mais, jusqu’à preuve du contraire, son objectif n’est pas de favoriser le logement social ! Son but : offrir la ville aux promoteurs, et elle s’y est bien employée. J’y reviendrai tout à l’heure, mais la ville avait en effet la possibilité – comme ça a été fait dans d’autres communes, -Gonfreville l’Orcher ou Saint-Etienne du Rouvray pour ne citer qu’elles –de céder à l’euro symbolique les terrains aux bailleurs sociaux. Cela aurait permis que les loyers soient maîtrisés !
L’ANRU, c’est aussi respecter le 1 pour 1 , c'est-à-dire un logement détruit pour un logement reconstruit : or, vous le voyez, on en est loin, très loin même.On arrive à peine aux10% en terme de chiffre, et lorsque on regarde en terme de superficie, ou de sortie de loyer, on constate que la règle du 1 pour un n’est pas respectée, et qu’elle est une pure supercherie ! Et lorsque l’on interroge les gens relogés, l’enquête est particulièrement édifiante en terme de satisfaction (source ASLAH) : - Le loyer est trop cher et ne correspond pas à ce qui était prévu - Les travaux qui sont à réaliser dans le nouveau logement sont mal faits - Le quartier ne correspond pas aux souhaits émis - Le chauffage est défectueux ou absent - L’humidité est constatée dans le nouveau logement - La taille du logement est également un élément d’insatisfaction
Voilà pour ce qui est du constat de la situation du logement social au Havre ! Eloquent n’est-ce pas ? Et bien en deçà de la publicité tapageuse et mensongère que voudrait nous faire avaler la municipalité de droite du Havre. Car par ailleurs, ce qu’il faut dire, et ce qu’il faut se demander également, c’est : qu’aurait fait la ville sans ces généreuses mannes financières de l’Etat et de l’Europe ? Que seraient devenus les quartiers sud, je pense aux Neiges en particulier, si l’ANRU n’avait pas apporté sa contribution. Aurait-on ainsi laissé croupir la population de ce quartier dans ses logements insalubres ? Je me pose la question ? N’était-ce donc pas une volonté délibérée que de laisser à l’abandon ces immeubles pour contraindre l’ANRU à accepter de financer des démolitions ? Je pense surtout qu’aujourd’hui on finit par s’en occuper, car des échéances électorales arrivent, et pourtant ce n’est pas faute d’avoir signalé la situation, Jean-Louis JEGADEN, Jean-Paul LECOQ n‘ont eu de cesse d’intervenir à ce sujet, tant la situation que l’on fait vivre aux habitants de ce quartier est inacceptable ! Le pire dans l’histoire, c’est que ce sont toujours les locataires qui trinquent, et la situation qui leur est faite actuellement est ignoble, ça me rappelle celle des locataires de l’ilôt 4 à la Bigne à Fosse. Certains n’ont même plus de chauffage, vont-ils passer l’hiver ainsi ? car si l’ANRU apporte 80 millions , les travaux ce n’est encore pas pour tout de suite … Pendant ce temps, les heureux propriétaires des logements de standing des autres quartiers sud, eux, sont sur le point d’emménager ! Et que des gens puissent s’offrir de tels logements, c’est bien, c’est normal, mais que d’autres n’aient pas un toit décent, de qualité, même s’ils ont de faibles moyens financiers, ça c’est anormal. C’est aussi cela que nous voulons dénoncer, et sur les quartiers sud Jean-Louis JEGADEN et Maryvonne Rioual en parleraient mieux que moi.
De 1995 à 2000, la ville a récupéré les friches portuaires, c’était une formidable opportunité pour l’habitat social, mais c’est malheureusement aux investisseurs privés que la ville a donné la priorité : Résultat, autour des docks : sur 700 logements neufs prévus, seuls 70 sont destinés au logement social ! Et avec pour conséquence une flambée des prix de l’immobilier. Deux mots sur l’accession à la propriété et le « tous propriétaires » de la droite (et d’ailleurs, c’est à ce prétexte que l’on vend le logement social) : pour ceux qui en ont les moyens, d’accord, mais n’oublions pas que pour la grande majorité, ce sont les banques qui sont propriétaires de la plus grande partie du parc privé : le pourcentage d’endettement par Français a atteint un niveau record en 2006 : 68,4 % de leur revenus ! Et la principale cause de cet endettement est l’immobilier ! Les précaires ne sont pas les seuls aujourd’hui à rencontrer des difficultés dans l’exercice du « droit à se loger » ! Les couches sociales moyennes ne sont pas épargnées par la difficulté à se loger. Voilà le triste constat pour la population havraise en recherche de logement.
Quant aux solutions que nous proposons : elles sont multiples. Nous voulons simplement que le logement au Havre soit accessible pour tous et partout. Chacun doit pouvoir trouver sa place dans la ville, et pour cela, il faut s’en donner les moyens, et surtout en avoir la volonté politique. - D’abord interdire les expulsions ! - stopper la flambée des loyers qui alimente les expulsions massives - Construire avant de démolir ! Et réfléchir avant de démolir, en associant les locataires aux décisions ! Alcéane commence d’ailleurs à revenir sur les démolitions – exemple : Graville La Vallée, des logements qui étaient vacants, car non entretenus, ont été réhabilités correctement, et les locataires reviennent sur 90 logements vides : tout est aujourd’hui occupé ! - Les 20% de logements sociaux par quartier pour permettre la mixité sociale ! - Réquisitionner les logements vides - En ne vendant pas le foncier aux promoteurs privés, (Le plus petit espace propriété de la ville est vendu aujourd’hui, on a même vendu une école – rappelons- nous !) - Mais au contraire, en le réservant prioritairement au logement social pour l’euro symbolique - Faire participer au maximum les locataires aux opérations de réhabilitations et de reconstructions pour éviter de sortir des produits qui ne correspondent pas aux besoins. Aujourd’hui, on est à la recherche de grands logements, c’est inexistant ! de logements adaptés aux handicapés, c’est très rare, et la demande est telle qu’à peine sortis de terre, ces logements sont déjà atribués ! - Travailler en amont avec les bailleurs publics et la population - Et donc repenser la typologie des logements -et la ville a les moyens d’imposer aux bailleurs ses exigences-. Pourquoi faire tous les logements sur le même modèle ? Aujourd’hui, on fait aussi beaucoup de pavillonnaires, est-ce la solution ? Non, car d’une part, à étendre et étaler les constructions, on multiplie les risques d’inondations, et d’autre part, on met en difficultés certaines familles, car un pavillon, un jardin, c’est plus d’entretien, c’est aussi plus de chauffage, plus de charges etc, etc… - Aujourd’hui nous avons de plus en plus de familles monoparentales, or il se trouve que les bailleurs imposent des quotas : dans une cage escalier, il ne doit pas y avoir plus de X familles monoparentales…Comment fait-on ? Peut-être est-il temps de revoir les critères d’accession au logement social ? Des batailles nationales sont à engager également : - Le droit au logement opposable ? C’est-à-dire attaquer au tribunal pour obtenir un logement : c’est une pure hypocrisie, quand le nombre de logements est insuffisant ! - Il y aura un véritable droit opposable lorsqu’il y aura un véritable service public du logement et une véritable politique sociale du logement - Contraindre toutes les communes à respecter la loi des 20% de logements sociaux. - Il faut d’urgence encadrer le prix du logement, et revoir le montant des allocations logement, mettre à contribution les produits financiers pour le 1% logement - Défendre le
livret A : outil de financement du logement social, et dans le contexte
actuel de diminution de la collecte, les objectifs de 120 000 logements
sociaux en France en 2008, prévus dans le plan de cohésion social ne
seront - Financer la production de vrais logements sociaux. La question du logement est une vraie question de société. C’est un enjeu national pour lequel il faut réfléchir sur le long terme, et non dans l'immédiateté comme cela est fait actuellement par la municipalité, sous peine de ne pas être pertinente. Vaste défi qui mérite mieux que des effets d’annonces et de tape à l’œil !
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