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Le Havre, le 30 mars 2006.
Monsieur Dominique PERBEN, Ministre des transports. Monsieur le Ministre,
Ce 30 mars, vous inaugurez « Port 2000 ». Le Président de la République était annoncé, mais il a dû renoncer à quitter l’Elysée compte tenu du contexte social lié à la volonté gouvernementale d’imposer le CPE, alors que le retrait de ce texte est demandé par l’immense majorité de nos concitoyens. Au Havre, chacun sait ce qu’est la précarité ; elle est plus forte ici qu’au plan national, comme le chômage y est aussi plus fort, de plus de 2 points. Chacun sait aussi le poids du Port et des activités portuaires dans l’économie et donc pour l’emploi de notre région. C’est sans doute pour cela que ce projet de développement portuaire a obtenu le soutien de la population, car il signifiait de l’emploi et donc l’amélioration de leurs conditions de vie. Il était aussi porteur d’espoir quant à un développement de moyens de transport adaptés à des trafics annoncés en hausse. S’il convient aujourd’hui de se féliciter du bon déroulement des travaux, il faut aussi dresser un premier bilan de cette première phase de l’opération. 1- L’investissement de plus d’un milliard d’euros s’est fait en laissant au Port Autonome une charge financière importante. On peut craindre que ceci obère les capacités de l’Etablissement Public à faire face aux nécessités de développer et de moderniser ses outils portuaires. Les groupes privés ont été ainsi encouragés à opérer ces investissements en superstructures en échange d’une convention d’occupation. S’il n’est pas anormal que les exploitants investissent, il convient de veiller au bon équilibre entre ce qui relève du privé et ce qui relève du public : les 3 portiques obtenus par les salariés du Port, il y a quelques jours, est une très bonne nouvelle qui doit être suivie d’autres, afin que notre port conserve et développe ses moyens propres. Veillons aussi au bon entretien de ces outils : l’histoire récente du Havre a été jalonnée d’accidents dont les victimes ont été des salariés. Comme les personnels du Port, je demande donc que ces investissements publics se poursuivent, dans le cadre d’un plan de modernisation des infrastructures portuaires négocié avec les salariés. 2- Si l’investissement portuaire est réalisé, force est de constater les retards préoccupants pris dans les dessertes ferroviaires, pourtant désignées comme la clé du développement portuaire : ne dit-on pas qu’un port vaut de plus en plus par la qualité de ses dessertes terrestres, en particulier ferroviaires ? Alors que l’on parle depuis tant d’années du contournement ferroviaire de la région parisienne, ce projet, acté, se traîne faute de financements suffisants. Or, chaque année qui passe signifie des centaines de milliers de conteneurs supplémentaires sur nos routes ! Comment peut-on encore parler de développement durable dans ces conditions ? Je l’ai rappelé à plusieurs reprises : si Port 2000 était un enjeu national, les dessertes ferroviaires auraient dû l’être tout autant, ce qui aurait évité les lourds retards actuels. Je demande que, de façon exceptionnelle, les moyens nécessaires soient mis en œuvre pour accélérer les opérations et permettre à ce contournement de la région parisienne de répondre aux attentes. 3- Mais le ferroviaire, c’est aussi l’inquiétude sur les voies de port, ce réseau qui va des zones proches des navires jusqu’à la jonction avec la grande ligne. Je vous ai déjà interrogé à ce sujet, rappelant l’enjeu que représentent ces voies pour la SNCF et donc pour les cheminots dans le cadre de la nouvelle donne imposée par les directives européennes et qui s’appliquent ici avec zèle. Avec l’ouverture à la concurrence, l’opérateur qui obtiendra d’intervenir sur ces voies de port sera sans doute positionné pour l’ouverture du marché du fret ferroviaire sur le réseau de RFF à partir du Havre. J’appelle votre attention sur les conséquences des décisions qui vont être prises très prochainement à ce sujet et à leur impact sur l’emploi de cheminots au Havre. 4- Le ferroviaire, c’est aussi l’évolution des trafics fret de nuit et les nuisances sonores que cela entraîne, en l’absence de protection au-delà de la nouvelle voie prévue. Je souhaite donc que les riverains concernés soient entendus à ce sujet, comme les maires des communes concernées. 5- Concernant l’écluse fluviale, on aurait pu espérer qu’à la veille de votre venue au Havre, vous soyez précis quant à vos intentions en matière de financement : je regrette qu’il faille attendre « avant l’été » pour que vous précisiez vos intentions à ce sujet. 6- Je rappelle aussi que l’offensive libérale n’épargne pas le secteur du remorquage portuaire et que la vigilance continue de s’imposer ; j’ai noté le rejet actuel par les autorités publiques, de la tentative d’implantation d’une société concurrente sur ce secteur qui, à l’évidence, n’est pas en capacité de rentabiliser et donc d’assurer une pleine sécurité avec 2 opérateurs. 7- Il est de plus en plus question d’un 3ème franchissement de l’estuaire ; c’est un projet utile, qu’il convient de porter sans tarder, si l’on veut raccourcir les délais bien connus dans ce genre d’investissement. S’agissant d’un franchissement ferroviaire, il s’inscrit dans le nécessaire développement de ce mode de transport. Je souhaite que l’Etat prenne en compte ce projet et que ce ne soit pas à nouveau les forces havraises qui aient à l’assumer comme ce fut le cas pour les ponts de Tancarville et de Normandie. 8- Comment ne pas rappeler que le développement du port du Havre se fait alors qu’il n’y a plus, ici, de réparation navale ! Je persiste à penser qu’un grand port doit disposer d’un tel outil, nécessaire à la sécurité des navires qu’il accueille. Je rappelle aussi l’existence de la forme 7, créée pour accueillir le paquebot France en réparation et d’un dock flottant depuis le début des années 80. Compte tenu de la présence de ces outils exceptionnels au Havre, j’ai écrit au Premier Ministre pour que cela intervienne dans la réflexion sans doute en cours au sujet de l’aménagement dans notre pays d’un centre de désamiantage et de déconstruction de navires militaires et civils. Notre agglomération dispose, en plus de ces équipements, des personnels et de savoir faire qui pourraient lui permettre de bien figurer dans un tel projet créateur d’emplois qualifiés.
Monsieur le Ministre, Les Havrais placent beaucoup d’espoirs dans Port 2000. Ils souhaitent que cela serve l’emploi. Face aux pressions libérales, la crainte est évidente que cet investissement public soit accaparé par des intérêts privés : c’est un risque réel, inacceptable pour tous ceux qui sont attachés à un développement respectueux des salariés, des populations, de l’environnement. Je souhaite que le rappel des questions ci-dessus permette d’avancer dans la voie de solutions prenant en compte les besoins et les attentes, tout en craignant que les options libérales et les choix gouvernementaux ne pèsent lourdement sur les décisions.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations distinguées.
Daniel PAUL
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