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Second camouflet pour la directive portuaire   

Dockers: les eurodéputés ont rejeté hier à une large majorité la directive libéralisant les services portuaires, après un premier désaveu en 2003.

C'est par une très large majorité (532 voix contre 120 et 25 abstentions) que le Parle­ment européen a rejeté hier midi la directive européenne sur la libéralisation des ser­vices portuaires, dénoncée lundi par 10000 dockers dans les rues de Strasbourg. Alors que la gauche était, depuis le début, unanime pour condamner ce texte, les libéraux avaient annoncé dès mardi soir leur intention de refuser la directive. « Le sec­teur portuaire est le seul où il y ait encore des problèmes de liberté de circulation et d'établissement. Nous sommes pour une telle liberté, mais pas celle-ci », a laborieusement expliqué la Danoise Anne Elisa­beth Jensen au nom de l'Alliance des libéraux et démocrates (ALDE). Des lignes de fractures sont également ap­parues au sein du Parti populaire européen (droite, démo­crates-chrétiens), pourtant le plus favorable à une libérali­sation du secteur. «Quand le Parlement a rejeté le premier paquet [en novembre 2003 -NDLR), la Commission nous a transmis un nouveau paquet avec une nouvelle couche de vernis. Malheureusement, le paquet contenait la même chose que le précédent» a justifié, au nom du PPE, la Belge Marianne Thyssen.

 Nul doute que la mobilisation massive et la détermination des dockers, mis en danger par le principe «d'auto-assistance » autorisant les équipages à charger et décharger eux-mêmes, ont pesé lourd sur l'issue du débat. Tony Hautbois, secrétaire général adjoint de la Fédération CGT des ports et docks, a d'ailleurs salué cette décision, source d'un « immense soulagement pour l'avenir des professions portuaires ». «Unis et déterminés, nous pouvons faire échec à l'Europe libérale ! » s'est également réjoui Francis Wurtz. Pour cela, re­lève le président du groupe GUE-GVN, «il a fallu la conjonction durable de mobilisations sociales puissantes et d'une action politique conti­nue jusque dans les institu­tions européennes». À moins d'un mois du vote sur la directive Bolkestein, l'eurodéputé estime que «cette victoire nous montre le chemin vers un possible succès à la mi-février » et appelle à une participation massive aux euroma-nifestations prévues les 11 et 14 février contre la directive de libéralisation des services dans le marché intérieur. Une directive cadre qui pourrait, du moins techniquement, s'étendre aux services por­tuaires après ce double rejet (voir l'Humanité au 18 janvier 2005). De son côté, l'eurodéputée Verts Hélène Flautre estime que «c'est sur un ré­équilibrage de l'utilisation des différents modes de transport, maritime, ferroviaire et routier, que devrait légiférer l'UE, plutôt que de chercher à intro­duire une concurrence inutile et dangereuse au sein des ports ». Pour le Parti socialiste européen, l'Allemand Willi Piecyk appelle la Commission à se concentrer, désormais, «sur les vrais problèmes des ports européens », qui relèvent, selon lui. du «manque de transparence et de la compétition injuste entre les ports européens ». Réagissant à ce camouflet infligé à la directive dont il avait la charge, Jacques Barrot a continué, imperturbable, à défendre son texte devant les parlementaires. «Je souhaite que nous ne perdions pas de vue l'objectif que poursuivait ce texte. Il s'agit d'aider les ports européens à répondre efficacement à l'augmentation du trafic maritime et au risque de saturation des capacités portuaires », a insisté le commissaire européen aux Transports, en soulignant que «l'efficacité des activités portuaires permet d'accroître la compéti­tivité européenne et de favoriser la croissance et l'emploi». Une déclaration ahurissante, illustrant parfaitement la «mystique ultralibérale » qui conduit l'exécutif européen à faire fi de toutes les opinions, qu'elles viennent des citoyens ou de leurs représentants élus, et dénoncée la veille par un eurodéputé.

Rosa Moussaoui     

    

(L'Humanité, 18/01/06)   

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