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Alstom largue ses chantiers navals : Une surprise... attendue. Hier matin, le groupe français Alstom a annoncé officiellement la vente de sa branche Alstom Marine, comprenant les Chantiers navals de Saint-Nazaire (95 % du chiffre d’affaires) et de Lorient, au groupe norvégien Aker Yards, numéro cinq mondial de la construction navale. Cette cession, qui devrait être bouclée fin mars après autorisations nécessaires, se fera en deux étapes. Dans un premier temps, les deux groupes créeront une structure commune, dont Alstom conservera seulement 25 % du capital. Aker Yards lui versera 50 millions d’euros pour les 75 % cédés et prendra le contrôle opérationnel de l’entreprise. En 2010, les 25 % restants seront cédés à leur tour, pour une somme de 125 millions d’euros maximum. Alstom a annoncé qu’il va injecter 350 millions d’euros dans cette nouvelle structure et prévoit qu’au final l’opération entraînera pour lui une « perte maximum de 100 millions d’euros ». Une branche trop peu juteuse Depuis son arrivée à la tête du groupe en 2003, le PDG d’Alstom, Patrick Kron, affichait son intention de se débarrasser de cette branche trop peu juteuse, pour recentrer le groupe sur les activités énergie et transport. Au milieu des années quatre-vingt-dix, les Chantiers de Saint-Nazaire sont au creux de la vague. Avec son plan de relance Cap 21, à partir de 1997, la direction des Chantiers mise alors tout sur une spécialisation dans les paquebots de croisière et sur une réduction drastique des coûts par un recours massif à la sous-traitance, qui va fortement dégrader les conditions de travail. L’apogée de l’activité est atteint en 2002-2003 avec la construction du prestigieux Queen-Mary-II. Mais très peu de commandes viennent le relayer, le marché étant en crise depuis 2001. Depuis, l’activité stagne. Alors que les effectifs sont montés jusqu’à 12 000 salariés en 2003 (dont les deux tiers de sous-traitants et intérimaires), ils ont chuté de moitié à 6 000 personnes aujourd’hui, dont 3 000 directement employés par Alstom. En 2004, la branche marine est déficitaire, pour la deuxième année consécutive, de 103 millions d’euros. L’an dernier, Kron a tenté en vain un rapprochement avec la Direction des constructions navales (DCN), qui a préféré s’allier avec Thalès. Dans la foulée, les Chantiers ont décroché en novembre la commande de deux paquebots de croisière par l’Italien MSC, pour un montant de 1 milliard d’euros. Un contrat qui a certainement rendu le bébé plus attrayant pour le repreneur. Hier, les directions des deux groupes se voulaient rassurantes, avec le boniment habituel. Le patron d’Alstom Marine, Patrick Boissier, a promis que « les effets sur l’emploi devraient être bénéfiques dans la région ». Le PDG d’Aker Yards a indiqué qu’il « reprendrait tous les salariés des Chantiers de l’Atlantique » après leur rachat à Alstom. Pas de quoi pavoiser, puisque c’est une obligation de l’article L122.12 du Code du travail. Cela ne concerne que les 3 000 salariés Alstom, pas les précaires, et ne représente aucun engagement pour le long terme. En rachetant un concurrent, le groupe norvégien, qui devient numéro deux mondial des paquebots de croisière, attend des économies d’échelle qui auront certainement des conséquences sur l’emploi. Sans parler d’une fermeture pure et simple, jamais à exclure. La direction des Chantiers avait déjà réduit ses effectifs de 5 000 en 2001 à 3 000 aujourd’hui (dont seulement 1 200 ouvriers) et prévoyait dans son plan Marine 2010 de supprimer encore 1 000 postes d’ici 2010, par le simple jeu des départs naturels. Une philosophie de plan « Aker Yards s’inscrit dans la philosophie de ce plan, et pas dans un développement social », a déploré hier Joël Cadoret, secrétaire du syndicat CGT des Chantiers. « Sachant qu’il fait construire ses coques en Pologne et en Roumanie, la concurrence sociale sera encore accrue. Nous sommes très inquiets pour l’emploi local. L’expérience française de la construction navale montre qu’à chaque fusion-regroupement des chantiers ont disparu. » Une crainte partagée par Daniel Lesou de la CGC, qui a souligné le risque de « postes en doublon entre la France et la Norvège, surtout dans les bureaux d’études et la logistique ». En revanche, la CFDT a bien accueilli la nouvelle, estimant que « le partenaire trouvé est solide, c’est forcément une chance de se mettre en position de développer de l’activité ». Le gouvernement a également apporté son soutien à Alstom, par la voix de Thierry Breton. Le ministre de l’Économie et des Finances s’est réjoui de voir naître « une entreprise de chantiers navals qui sera l’une des plus, si ce n’est la plus performante au monde » et a écarté toute inquiétude pour l’emploi, puisque « là-dessus, la direction d’Alstom a été très claire ». Fanny Doumayrou (L'Humanité, 06/01/06)
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