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Vendredi 23 Novembre 2012 :

CHIENLIT, par Maurice Guilloux.

Les déchirements à la tête de l'UMP ont surpris jusqu'aux politologues patentés.

Certains en tirent déjà des conclusions philosophiques ad hoc, à partir de réflexions sur le moteur des aspirants présidents de parti, à défaut de pouvoir l'être de la France: « La haine de demain effacera celle d'aujourd'hui », prédit l'un d'entre eux. Ambitieux programme. Non-candidat, il reviendrait à Alain Juppé de trancher ou d'adouber, à l'issue d'un ultime décompte, avec ou sans prise en compte des tripatouillages au sortir des urnes. Comme le soulignait sans malice le sénateur charge de présider au contrôle des résultats, les statuts de l'UMP ont été taillés «pour un seul candidat ». Pas deux.

Dans cette droite, le chef préexiste au parti qu'il est censé présider. Outil taillé sur mesure pour prendre le pouvoir, le dernier à en avoir bénéficié fut Nicolas Sarkozy, désormais fort occupé entre conférences privées et audition chez le juge. L'UMP ravie aux amis de Jacques Chirac, sur fond de séisme politique du 21 avril 2002 ouvrant la porte d'un second tour de l'élection  présidentielle à l'extrême droite, est devenue  une machine de guerre à double objectif.

D'un côté , le brouillage  idéologique entre gauche et droite - clivage historique en France, ouvrant la porte aux plus grandes dérives nationales et populaires s'il est nié -, sonnait l'heure d'une vaste recomposition au service du projet de mise aux normes ultralibérales d'un pays qui y était, historiquement, plus que rétif. D'un autre côté, on sait qui fut l'incarnation jusque dans les urnes de cette visée, ad nauseam.

À voir ces jours-ci la répartition des soutiens comme des votes (?) dans chaque camp comme les arguments de l'un et de l'autre, bien difficile de déceler des lignes de fracture idéologiques. Dès lors que le programme économique est commun, reste l'affrontement des ambitions et, peut-être, la nuance dans la manière de penser récupérer l'électorat populaire de droite qui a fui vers l'extrême. S'aligner sur les thèses sociétales de cette dernière, au risque de la conforter, ou bien rêver à un équilibre qui relève bien plus du grand écart entre elle et les restes de la droite démo-chrétienne que tente de ressusciter un Jean-Louis Borloo. Au-delà du vaudeville interne, le spectacle qui se livre relève d'un nouvel abaissement du politique. Après avoir géré le pays comme on dirige un conseil de surveillance, et selon ces critères de mise en coupe claire pour servir des intérêts immédiats des actionnaires des « marchés », l'UMP célèbre la démocratie de même nom dans laquelle la République n'a guère d'avenir.

La crise de système dans lequel nous entraînent les partisans du capitalisme le plus débridé place les Etats sous la tutelle directe des puissances de l'argent. La crise du politique dont nous voyons le symptôme à l'œuvre souligne en négatif l'impasse d'un régime présidentiel ramené à un quinquennat et du rabaissement de la représentation nationale. Nous mesurons que ce qui se joue depuis le mois de mai ne peut être une simple « alternance », qui en appellerait une autre, encore plus sauvage dans cinq ans, mais appelle une véritable alternative. Contrairement aux pratiques de la droite et conformément aux attentes populaires, elle ne se construira pas par délégation de pouvoir, ni par le constat impuissant des reniements en pente douce. Elle relève d'un engagement citoyen massif, conscient et déterminé, d'un peuple, pas de consommateurs, ni de spectateurs.

(l'Humanité)

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