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Mercredi 21 Novembre 2012 :

La France dégradée par la finance: Après Standard&Poor's, l'agence de notation Moody's, jugeant irréalistes les prévisions officielles de croissance dans l'Hexagone, baisse d'un cran la note de la France.

Moody's a retiré à la France son triple A. Après Standard&Poor's, c'est la deuxième agence qui abaisse  la note de la France. Pourtant, François Hollande et sa majorité gouvernementale ont mis le paquet pour  gagner en crédibilité vis-à-vis des marchés et de ses partenaires européens : réduction de 60 milliards d'euros des dépenses publiques sur le quinquennat, pacte de compétitivité concédé au patronat avec 20  milliards d'euros de baisses d'impôts, hausse des taxes, gel du barème de l'impôt sur le revenu,  adoption du traité européen... Tout devait être assuré pour que le taux d'intérêt auquel la France emprunte auprès des marchés financiers reste bas. Loupé. « Les marchés n 'en ont jamais assez et tant qu'ils gagnent, ils jouent », explique le PCF dans son communiqué appelant le gouvernement à faire une « cure de désintoxication ». Dans la lignée du Medef, Moody's s'en prend au marché du travail qu'elle considère comme trop rigide, et appelle à de nouvelles réformes structurelles pour améliorer la compétitivité de la France, décrétée seul obstacle à la croissance.

 DISCOURS ULTRALIBÉRAL DE IA DROITE ET DU MEDEF

À l'annonce du couperet, le ministre de l'Économie a immédiatement convoqué une conférence de presse : « Je prends acte de cette décision, même si je la déplore, mais elle sanctionne avant tout la situation dont nous avons hérité », a affirmé Pierre Moscovici. Au diapason, la droite et le Medef en ont profité pour vendre leur discours ultralibéral. À commencer par François Baroin, ex-ministre du Budget sous Sarkozy : « On assume tout, mais on n 'accepte pas de l'actuel gouvernement des critiques qui visent à considérer que la crise mondiale depuis cinq ans est de la faute de Nicolas Sarkozy », a- t-il tenté d'expliquer. « La France, selon lui, ne peut pas faire l'économie de réformes structurelles. » De son côté, la patronne des patrons, Laurence Parisot, a estimé que la dégradation était une « alerte sérieuse qu'il faut prendre comme telle... et (qu'il faut) engager rapidement des réformes structurelles sur l'assurance maladie, sur les retraites».

Si l'agence ne nie pas que cette dégradation tient plus de l'incapacité de l'ancien gouvernement de droite à atteindre les objectifs de réduction des déficits, elle met en garde aussi le gouvernement sur sa perspective de croissance, qui semble irréaliste au vu de la situation économique. C'est pour cette raison que Moody's a choisi de conserver une perspective négative, ce qui signifie que la note  française pourrait à nouveau être abaissée d'ici quelques mois. « Nous prévoyons une croissance nulle en 2013 (contre 0,8 % selon le gouvernement - NDLR): en février nous étions plus optimistes, cela ajoute de l'incertitude. Il y a donc un risque de dérapage budgétaire: nous nous attendons à un léger dérapage avec un déficit public à 32 % du PIB l'an prochain (contre 3 % selon le gouvernement - NDLR)» explique Dietmar Hornung, analyste chez Moody's.

François Hollande n'a pas change de cap. La réduction du déficit demeure la seule règle en 2013  Avec un chômage élévé et les hausses d'impôb la consommation va encore faiblir. Et, contrairement aux propos de François Hollande, l'agence de notation ne voit pas d'embellie pour la zone euro, pour prendre le relais de la demande intérieure. De ce fait, les recettes fiscales risquent de ne pas être suffisantes, tant à court terme qu'à long terme. Ce qui devrait déboucher sur de nouveaux dérapages budgétaires, donc des mesures d'austérité supplémentaires. De plus, si les effets de cette baisse de la note sur les taux d'intérêt sont dans l' immédiat extrêmement limités, une dégradation économique générale plus profonde entraînerait, au vu des tensions budgétaires qui existent, une hausse des taux d'intérêt de la France. Ce qui la rendrait vulnérable à son tour à la crise de la dette. Hier, « les taux d'intérêt à dix ans ont progresse de seulement deux à trois points de base, ce qui est quasiment non significatif lorsqu'on sait qu 'ils sont proches de 2 %. leur plus- bus historique» constate Frédérik Ducrozet, économiste au Crédit agricole CIB.

Pour le PCF, la leçon à tirer de la décision de Moody's est claire: « Le gouvernement doit cesser de donner des gages aux irresponsables de la finance. » Même son de cloche au Parti de gauche: « il faut résister. La preuve est faite que les cajoleries faites au Medef et aux grands actionnaires du CAC 40 comme aux pigeons ne font qu' encourager tes appétits de la finance ». fait valoir Jean-Luc Mélenchon.

 CLOTILDE MATHIEU          

  (l'Humanité)

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