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Samedi 17 Novembre 2012 :

 

Éditorial

Le poids du plomb

Par Maurice Ulrich

Les mots ont leur poids de plomb. Quoi que l'on pense du Hamas, et ce n'est pas que du bien, la liquidation physique et ciblée de son chef militaire, mercredi, porte un nom. C'est un assassinat. La méthode, au reste, est proprement effarante, quand bien même elle n'est pas nouvelle puisqu'elle implique que n'importe quelle cible humaine, dans l'étroite bande de Gaza, peut être exterminée à n'importe quel moment par une frappe aérienne. Mais cette exécution, à l'évidence, n'avait rien d'une simple riposte à des tirs de roquettes des activistes du Hamas, quand bien même ils sont réels. C'était le premier acte d'une nouvelle opération militaire d'Israël, baptisée « Pilier de défense », quatre ans après l'opération « Plomb durci », marquée par des centaines de victimes civiles et des destructions innombrables du côté palestinien, mais aussi du côté israélien, par une montée significative des partis au pouvoir dans les sondages. Pour faire court, « Pilier de défense », à deux mois des élections législatives en Israël, pourrait aussi s'appeler bureau de vote.

Mais l'opération israélienne est à ogives multiples. Sans doute le premier ministre, Benyamin Netanyahou, entend ainsi amener les États-Unis à resserrer leurs liens avec Israël, après quelques flottements liés à son choix de Romney. Même chose sur la question iranienne, où ses divergences de vue avec les États-Unis pourraient s'effacer dès lors que ces derniers sont amenés, comme ils l'ont déjà fait, à réaffirmer, à la faveur de l'opération de Gaza, leur soutien à l'État hébreu, ne pouvant donner l'impression d'être neutres vis-à-vis du Hamas. C'est aussi la même carte que joue Netanyahou, à quelques jours de l'Assemblée de l'ONU, le 29 novembre, où sera de nouveau posée la question de l'admission de la Palestine au sein des Nations unies avec le statut d'État non-membre, certes limité mais donnant une légitimité à l'Autorité palestinienne. Israël entend faire échec à ce projet, allant jusqu'à dire, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, que si les Palestiniens persistaient, il ferait en sorte que « l'Autorité palestinienne s'effondre ». C'est la tentative qui est en cours, en se servant une fois de plus du Hamas pour peindre la Palestine en État tolérant le terrorisme et en discréditant de ce fait l'Autorité palestinienne.

On pourrait attendre de l'ONU une ferme condamnation d'Israël. Mais déjà, les États-Unis, on l'a dit, ont commencé à justifier l'opération militaire, ce qui valide tout autant l'opération politique. L'Europe, avec des déclarations diverses, n'en joue pas moins un double jeu, à l'image de son attitude vis-à-vis des colonies israéliennes dans les territoires occupés. Alors qu'elles sont officiellement condamnées depuis 1980, l'Europe n'en importe pas moins massivement des produits agricoles et industriels, dans le même temps qu'elle y investit.

Et la France ? François Hollande avait reçu Mahmoud Abbas en juillet, mais en recevant Benyamin Netanyahou, voici quelques jours, il a fait marche arrière sur l'entrée de la Palestine à l'ONU, estimant qu'elle essayait d'aller chercher à l'ONU « ce qu'elle n'obtient pas par la négociation ». Sauf que toute possibilité de négociation est sapée en permanence par la poursuite de la colonisation et, en tout cas, explosée depuis 48 heures par l'agression qu'est « Pilier de défense ».

(l'Humanité du vendredi 16 novembre)

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