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Mercredi 14 Novembre 2012 :
Le ciment en ébullition Industrie. Le préfet vient de suspendre le projet d'installation de silos de stockage d'un industriel à proximité de la cimenterie Lafarge à Saint-Vigor. Un dossier qui fait polémique. C'est une première victoire que doit savourer Estelle Grelier. La députée socialiste vient en effet d'obtenir de la préfecture la suspension d'un projet qui fait polémique dans la filière industrielle du ciment. Récemment, la parlementaire avait alerté le ministère du Redressement productif et celui des Transports, de la Mer et de la Pêche au sujet d'une implantation de dix silos destinés à stocker du clinker (NDLR : la matière première permettant de produire du ciment) importé de pays comme la Turquie. Ce projet vient s'ajouter à un autre directement lié à la production de ciment, l'installation d'une unité de broyage de clinker d'une capacité de 500 000 tonnes nominales à proximité directe de l'actuel terminal multivrac. Ce dernier projet a d'ailleurs obtenu le feu vert du Grand Port Maritime du Havre (GPMH) avec la signature d'une convention d'occupation temporaire d'un terrain de 8 hectares. Le préfet a donc demandé aux maires d'Oudalle et de Rogerville de surseoir à la signature des permis de construire autorisant l'implantation de silos. L'autorité a également demandé qu'une étude complémentaire soit diligentée par la Dréal. Pour Estelle Grelier, mais également pour Jean-Paul Lecoq qui avait lui aussi tiré la sonnette d'alarme cet été, ces deux implantations risqueraient de mettre en péril la production de la cimenterie Lafarge implantée à Saint- Victor-d'Ymonville. Estelle Grelier indique que l'usine fonctionne aujourd'hui à 60 % de sa capacité, un seuil en dessous duquel elle pourrait difficilement maintenir les emplois existants, toujours selon son analyse. La députée rappelle au passage que l'industrie cimentière traverse une crise sans précédent, avec une consommation qui devrait atteindre en 2014 son plus bas niveau historique depuis 40 ans. S'il ne connaissait pas encore la teneur des décisions prises hier par le préfet de Seine-Maritime, Jean-Louis Sibioude, le directeur du site de Lafarge Ciments près du Havre, ne cache pas que ces deux projets constituent un « sujet de préoccupation… » « Localement, il n'y a pas de place pour trois acteurs. Notre préoccupation est à la fois économique et sociale. Les salariés sont également inquiets. Aujourd'hui, notre site représente 190 emplois directs et 700 emplois indirects. Le marché local représente pour nous une production de 400 000 tonnes. Le reste de notre production, soit 600 000 tonnes, est destiné pour une grande part à la région parisienne. Il est clair que toute perte de part de marché, même minime, suffirait à nous mettre en difficulté… » analyse le responsable. Au passage, Jean-Louis Sibioude explique que l'usine a réduit de 30 % ses émissions de CO2 et que le groupe Lafarge devrait investir 80 millions d'euros pour pérenniser le site. Pour David Auguet, délégué syndical CGT, le clinker importé de Turquie n'est pas soumis aux mêmes contraintes environnementales qu'en France et en Europe, d'où son moindre coût. « Avec notre carrière aujourd'hui, nous sommes encore en capacité de produire pendant quarante ans. Mais il est clair que toute tonne vendue par un concurrent serait une tonne de moins pour nous… On ne peut que se réjouir de la décision préfectorale », estime-t-il. « Une question de défense de l'outil industriel… » Si David Auguiet, délégué syndical CGT chez Lafarge Ciments, se félicite du lancement d'une étude d'impact environnemental, il aurait également souhaité qu'une étude d'impact économique et social soit lancée. Un avis partagé par Jean-Paul Lecoq, maire de Gonfreville-l'Orcher et vice préside à la Codah, qui a également suivi le dossier dès l'origine. « Ce n'est pas uniquement une question environnementale, mais c'est aussi une question de défense de l'outil industriel. Tout le monde se saisit de ce dossier. C'est une bonne chose. Il n'est pas facile pour un maire de signer un permis de construire, encore moins de ne pas vouloir le signer. Ces maires ont bien jugé la problématique qui était posée. Je suis également en faveur d'un port qui œuvre pour la défense de ses industries… » Jean-Paul Lecoq dit ne pas vouloir soutenir un monopole, mais bel et bien promouvoir les industries locales et les emplois qui y sont rattachés. Consommation en baisse La situation du marché en France se traduit par une consommation de ciment en forte baisse. Jean-Louis Sibioude, le responsable du site des Ciments Lafarge à Saint-Vigor, indique que le marché français est un « marché mûr qui n'est pas en phase de développement avec une capacité de production en France supérieure à la demande ». Selon une étude communiquée par la députée Estelle Grelier, une station de broyage de clinker fonctionnant à 50 % de sa capacité entraînerait une diminution de la production de clinker du site de Saint-Vigor. Dans cette hypothèse, l'usine ne tournerait qu'à 48 % de sa capacité de production. Il en résulterait pour la cimenterie une forte hausse de ses coûts fixes risquant de détruire sa compétitivité. (Havre libre)
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