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Lundi 12 Novembre 2012 :
Éditorial Berlin-Paris Par Michel Guilloux Qui a eu ces idées géniales : « Baisser le coût du travail », « abolir les 35 heures », « augmenter la flexibilité », « mettre fin aux avantages des fonctionnaires trop privilégiés par rapport aux emplois précaires », réduire le poids de l'État dans l'économie », « lever les barrières à la concurrence », « baisser certains impôts », « réformer le système social, notamment les retraites » ? Il se trouve qu'elles émanent des cinq « sages » censés conseiller la chancelière allemande. Et selon le Figaro, telles seraient les « pistes de Berlin pour redresser la France ». Il n'avait pas suffi qu'Angela Merkel et Nicolas Sarkozy signassent leur pacte des rapaces. Berlin, donc, voudrait imposer ses recettes directement à la France. A l'heure où celles-ci, initiées de concert avec le social-démocrate Gerhard Shröder en son temps, à coups de régressions sociales, commencent à trouver leurs limites outre-Rhin même, on remarquera qu'elles ne sont guère originales. Ces « pistes »-là figurent largement dans les programmes du Medef et de l'UMP et sont largement reprises dans les argumentaires de leurs homologues européens comme dans les « préconisations » du FMI ou des agences de notation financières. Si l'on voulait trouver une nouvelle raison pour démontrer le bien-fondé du refus des parlementaires communistes et du Front de gauche du pacte d'austérité accepté par la nouvelle majorité gouvernementale, puis des critiques qu'ils ont portées au « pacte de compétitivité » repris du rapport Gallois, elle réside dans ces deux points : ces « recettes » ne font qu'augmenter les ravages de la crise économique et sociale ; et, plus on concède de positions aux partisans de la jungle du tout-financier, plus ces derniers montrent les dents en en réclamant « toujours plus ». Tout cela est bien loin d'une « révolution copernicienne », selon les mots du ministre de l'Économie, et sauf à se gargariser d'une gauche qui abdiquerait toute ambition de solidarité et de transformation sociale, bien plus loin encore des aspirations de celles et ceux qui ont contribué à chasser Nicolas Sarkozy de l'Élysée. Les coupes dans les dépenses publiques, l'augmentation des impôts indirects, la conception selon laquelle le travail vivant et les salaires directs et indirects sont des coûts à réduire et non un atout de développement, bref ce que l'on appelle austérité, budgétaire ou salariale, ne font qu'accentuer la décroissance. Le point aveugle, dévoilé un instant dans sa campagne, au Bourget, par le candidat Hollande est bien la finance : le poids des marchés financiers dans l'endettement public et privé, le poids des impératifs de rendement dans la conduite des entreprises avec comme conséquences l'assèchement de la demande intérieure, le recul industriel, la baisse des investissements et de la recherche. La nocivité de l'austérité commence à faire son chemin en Europe. La question de trouver les voies de ripostes communes aussi face aux puissances de l'argent elles-mêmes puissamment coalisées. Ainsi à Florence, un nouveau Forum social européen a vu le jour. On y a vu des « économistes atterrés » y retrouver leurs confrères du continent pour mettre sur pied un « service public des économistes qui veulent servir l'économie et désarmer la finance ». On y a entendu des syndicalistes belges dénoncer le « splendide isolement » de certaines parties du mouvement social, avec la volonté de trouver de nouvelles manières de travailler, réfléchir et lutter ensemble. Cette réflexion, ces débats, valent aussi ici et maintenant pour les relations entre intervention populaire et action politique. Un premier acte s'est joué là qui se prolongera mercredi, à l'appel de la Confédération européenne des syndicats, de Rome à Athènes, de Madrid à Lisbonne. Et de Berlin à Paris… (l'Humanité)
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