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Jeudi 8 Novembre 2012 :
Éditorial Et maintenant ? Par Maurice Ulrich Il fallait qu'Obama l'emporte pour que Romney soit battu. Le candidat républicain va pouvoir prendre sa retraite de milliardaire. Il s'en est fallu de peu, et le faible écart de voix, contrairement à ce qui s'était passé il y a quatre ans, où Obama l'avait largement emporté, montre à quel point le président sortant a été à la peine, et pour cause. Les États-Unis sont toujours plongés dans une crise profonde et le rêve américain a volé en éclats. La frénésie médiatique qui nous a servi la campagne électorale du petit-déjeuner au souper a eu au moins un mérite. Nous faire voir dans nombre de villes ces quartiers entiers dévastés par la crise, ces hommes et ces femmes campant dans de misérables tentes à côté de leurs maisons dont ils ont été chassés, ces travailleurs et ces retraités dormant dans leur voiture, ces services publics totalement à la dérive, ces villes tellement endettées qu'elles ne payent plus leur personnel… Au plan politique même, la personnalité d'Obama, d'une certaine manière, fait écran à cette autre facette du « rêve » américain. Tout citoyen américain peut devenir président des États-Unis. À condition de mener campagne avec un milliard de dollars. Il est vrai qu'existe une autre Amérique, d'autres États-Unis, pour être plus précis. C'est celle des Indignés de Wall Street qui disent « nous sommes les 99 % », celle qui place en tête des préoccupations des jeunes les inégalités entre les pauvres et les riches, celle qui aspire à la solidarité et à la tolérance. A l'exception de la Californie, où l'abolition de la peine de mort a été rejetée, les référendums qui accompagnaient dans plusieurs États l'élection du président ont été marqués par une avancée des idées progressistes. Qu'il s'agisse du mariage homosexuel ou du droit à l'IVG et à son remboursement. C'est là aussi une défaite de Romney, et un revers pour les républicains, les lobbies religieux, les ultraconservateurs du Tea Party. C'est un revers pour l'Amérique des armes, du refus de l'assurance maladie, celle dont le candidat voulait baisser les impôts des riches et supprimer toute aide pour les pauvres, celle de la paranoïa, qui croit qu'Obama est un communiste et que l'Europe est collectiviste. Pour autant, l'Amérique du progrès qui attendait tant d'Obama il y a quatre ans n'a pas réellement gagné. On ne peut traiter à la légère l'opposition qu'il a rencontrée sur des sujets comme l'assurance maladie. Mais la réalité c'est essentiellement qu'il ne s'est pas attaqué au mal profond de l'Amérique comme de tous les pays capitalistes aujourd'hui en crise : la domination sans partage de la finance, de Wall Street, sur la vie publique. Et cela malgré les leçons qui pouvaient être tirées de la crise. C'est pour la même raison que sa politique étrangère n'est même pas restée au milieu du gué mais pratiquement sur la berge. L'endettement absolument colossal des États-Unis ne peut perdurer parce qu'ils sont toujours la première puissance économique et militaire du monde. Que leur leadership s'effrite et leur économie fait naufrage, dans de toute autres proportions qu'aujourd'hui. La « paix américaine » suppose en quelque sorte un état de guerre permanent. « Nous savons dans nos cœurs, a dit Obama dans son premier discours de président réélu, que pour les États-Unis d'Amérique le meilleur est encore à venir. » Mais cela dépend de l'Amérique du progrès qui tente de grandir. (l'Humanité)
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