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Mercredi 10 Octobre 2012 :

 

Éditorial

Du travail

Par Michel Guilloux

Alors que la crise vire à la récession, l'urgence serait à créer un « choc de compétitivité ». Si la compétitivité est la capacité à affronter la concurrence marchande, la France devrait supprimer tout ce qui s'y oppose et en premier lieu les revenus du travail. De quoi souffre notre économie? Et à qui profiterait un tel « choc » ? La fortune permet d'esquiver les réponses. On retrouve là un goût de la « concurrence libre et non faussée » du traité constitutionnel européen rejeté par notre peuple en 2005, tout comme la « réforme » des retraites de 2010 qui fit l'objet d'un rassemblement intergénérationnel rare, contre elle, ferment de la défaite de la droite en 2012. Les Français ne sont pas prêts à accepter un nouveau marché de dupes, si l'on en croit un sondage paru dimanche, rejetant à 70 % une « baisse du coût du travail ».

La majorité a changé, le locataire de l'Élysée aussi, mais pas madame Parisot. Elle, qui rêvait de voir relancé pour un quinquennat son poulain, pour augmenter la TVA, supprimer à petit feu le droit syndical dans les entreprises, poursuivre en l'amplifiant le travail de démolition sociale, ne désarme pas. Elle a été élue pour cela à la tête du Medef. Et si on ne cède pas à ses diktats, le pays encourt un risque grave… « un départ massif des investisseurs et des chefs d'entreprise ». Bref, face a la version contemporaine des émigrés de Coblence, le gouvernement élu par une majorité de Français, pour que leur vie change, devrait mener la politique précédente, au profit des seuls responsables du désastre économique et social.

Une étude du ministère des Affaires sociales révèle l'efficacité des choix opérés par l'UMP au pouvoir et au service des possédants. Pour la première fois depuis des années, le nombre de salariés pauvres – gagnant environ 1000 euros par mois –, en recul jusqu'au début des années 2000, est reparti à la hausse pour atteindre près de quatre millions de personnes en 2011. En cause : la baisse des heures supplémentaires – pourtant

« défiscalisés »… – et des primes liées à l'intéressement et à la participation – privilégiées aux augmentations de salaires par le patronat. Rapprochons ces éléments d'une autre étude menée conjointement par l'Insee et ses homologues allemande et italienne. Le pouvoir d'achat et donc la consommation devraient être « affectés » l'an prochain par « un sursaut d'inflation, les mesures d'austérité budgétaire et les conditions défavorables du marché du travail de la plupart des pays de la zone » euros.

Le ministre du Redressement productif envisage une diminution des cotisations sociales des entreprises qui opéreraient de l'investissement productif. Mais qui devrait payer en contrepartie ? Arnaud Montebourg répond « la nation », et envisage de taxer « les banques et l'immobilier ». Mais pourquoi alors ne pas aller jusqu'au bout de la logique ? Pourquoi ne pas compenser l'aide apportée aux entreprises qui investissent dans leur outil de production, la recherche, les salaires et l'emploi par une taxation plus lourde de celles qui privilégient le seul critère de rentabilité financière pour leurs actionnaires ? Plusieurs régions, à l'initiative d'élus communistes le plus souvent, ont imposé l'idée de contrôle des fonds publics sur de tels critères sociaux et environnementaux. À l'heure où des rapaces de l'argent roi se font passer pour des « pigeons », on voit que le rapport de forces n'est pas encore du côté des salariés pour imposer cela au plan national. Raison de plus pour apprécier la tenue des rassemblements régionaux d'aujourd'hui, à l'initiative de la CGT, pour défendre l'industrie et l'emploi, et des droits nouveaux d'intervention des salariés et de leurs élus. Les idées neuves ne tracent leur sillon que dans l'engagement collectif.

(l'Humanité)

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