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Jeudi 6 Septembre 2012 :

 

Éditorial

En chantier

Par Michel Guilloux

L'université d'été du Medef à peine terminée, c'est la soupe à la grimace du côté du quotidien patronal les Échos. Le projet de loi sur le logement, qui va être examiné ce matin en Conseil des ministres, fait grincer des dents. « Les particuliers en quête de placements financiers ne doivent pas se faire d'illusions : le dispositif fiscal qui remplacera la loi Scellier début 2013 ne sera pas aussi intéressant que cette dernière. » De même, la mise en vente envisagée de terrains de l'État entraîne un autre haut-le-coeur : ils pourraient même être cédés gratuitement pour permettre la construction de logements sociaux... Il est pour le moins piquant de lire un communiqué du député UMP Lionel Luca endossant la cuirasse de défenseurs des « plus modestes » et des zones protégées, en accusant la ministre Cécile Duflot d'ignorer « les réalités locales » au motif que l'obligation de construction de HLM dans les villes de plus de 3 500 habitants passerait de 20 % à 25 %. La Côte d'Azur en général, les Alpes-Maritimes en particulier, sont si réputées pour le respect de la nature et l'audace sociale en matière d'habitat. Bref, les « amis de Nicolas Sarkozy » voient détricoté ce qui avait marqué le dernier quinquennat et participé du rejet exprimé en mai dernier.

En finir avec la loi Sellier qui, après tant d'autres, a surtout permis à des spéculateurs de s'enrichir, conduit certains acheteurs à des difficultés sans bornes – leur opération ne trouvant pas de locataire -, et participé de l'explosion des prix de l'immobilier ; réattribuer aux aides personnelles au logement les 450 millions d'euros que la précédente majorité de droite avait orientés – vers le financement de la défiscalisation des heures supplémentaires ; arrêter avec le racket opéré sur les organismes HLM... Les adeptes de la « rupture » devraient être contents. S'ils ne le sont pas, c'est parce que l'orientation qui se dessine là affole la cupidité qui servait de boussole à tant de mesures prises sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Là où la seule « idée » était de mettre en vente les logements sociaux à ceux qui les occupaient, et n'avaient souvent pas les moyens d'y accéder, la question est mise en chantier de construire réellement et enfin des appartements accessibles aux plus modestes. Lorsque 80 % des salariés gagnent moins de 2 000 euros par mois et la moitié moins de 1 400 euros, en la matière aussi la question des salaires et du pouvoir d'achat se pose avec autant d'acuité qu'une politique publique ambitieuse de mises en chantier. De l'Île-de-France, qui concentre la flambée immobilière à un bout et les plus grandes inégalités sociales à l'autre, à toutes ces villes et régions qui subissent un étalement urbain, en passant par ces centaines de milliers de familles qui ne trouvent pas à se loger, il est temps de s'engager dans une autre voie.

Le logement étant le premier poste budgétaire des ménages, c'est aussi en ce domaine qu'est attendu et se mesurera le changement. Encore faudrait-il que, en desserrant le garrot d'un côté, on ne le tende pas d'un autre. Réformer le Livret A pour mobiliser l'épargne en faveur des organismes HLM est une autre piste. Mais cette orientation qui se dessine ne va-t-elle pas se heurter au corset budgétaire qu'induirait l'adoption du projet de traité européen qui vise à mettre sous tutelle les comptes de la nation, collectivités territoriales comprises, alors que ces dernières sont pionnières en matière de réponse aux besoins des citoyens ? Poser la question est en quelque sorte y répondre. En finir avec les logiques financières n'implique-t-il pas de considérer que la modernité du logement social, c'est le service public ? Sur ces deux points, la Fête de l'Humanité, les 14,15 et 16 septembre prochains, sera aussi le carrefour des idées d'avenir.

(l'Humanité)

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