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Dimanche 29 Avril 2012 :

 

22 avril : et l'Europe dans tout cela ?

Par Francis Wurtz (1)

Les résultats du premier tour des élections présidentielles nous livrent nombre d'enseignements politiques utiles à la poursuite de l'expérience salutaire du Front de gauche. Certains d'entre eux mériteront de faire l'objet de débats approfondis au-delà de l'échéance du 6 mai, qui doit permettre d'assurer la défaite de Nicolas Sarkozy. La question européenne et dans ce cas.

Tout d'abord, un constat d'apparence banale appelle en fait des confrontations d'opinions très poussées : depuis 2010, toutes les élections dans l'Union européenne, de Londres à Dublin ou de Lisbonne à Madrid (sans oublier le cas d'espèce de Rome...) se sont traduites par une sanction populaire, souvent sévère, des dirigeants en place, qu'ils aient été libéraux ou sociaux-démocrates. Quoi de plus logique ? Ils appliquent tous, dans leurs grands lignes, les mêmes politiques de régression sociale issues de la « coordination économique européenne », placée sous la tutelle des États les plus puissants, la vigilance impitoyable de la BCE et la domination des marchés financiers. On se souvient du bon mot (de mauvais goût) de Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe : « On sait quelles mesures prendre. Ce qu'on ne sait pas, c'est comment se faire réélire une fois qu'on les a prises. » Pour tenter d'échapper au sort de ses pairs, malgré le rôle d'aiguillon qu'il a joué aux côtés de sa suzeraine, Angela Merkel, pour imposer ces orientations honnies, Nicolas Sarkozy n'a pas hésité à miser sur le nationalisme, en agitant à l'égard de Bruxelles la menace de quitter l'espace Schengen et de refermer les frontières françaises aux ressortissants européens, ou en annonçant le « gel de la contribution française à l'Union européenne ». On connaît désormais le résultat de cette stratégie de « Gribouille »... Elle doit faire réfléchir tous ceux qui seraient tentés d'emprunter cette voie minée : l'orthodoxie libérale mâtinée de démagogie populiste conduit à la défaite, singulièrement aggravée par le triomphe de l'extrême droite !

Par ailleurs, François Hollande, mesurant la défiance grandissante de son propre électorat vis-à-vis de cette machine « austéritaire » et coercitive qu'est devenue l'Union européenne, a pris l'engagement de « renégocier » le projet de traité sur la discipline budgétaire qui est censé entrer en vigueur début 2013. Les lecteurs les plus attentifs savent que ses ambitions transformatrices sont, en la matière, modeste : l'ajout d'une déclaration en faveur de la croissance... Mais les Français dans leur plus grand nombre en attendront beaucoup plus, qu'ils aient voté pour le candidat socialiste ou non. Une nouvelle désillusion à ce propos serait, on l'imagine aisément, en plus d'un échec électoral probable, du pain bénit pour le FN. Jusqu'où ?

Tout cela conduit à se dire que, si le Front de gauche n'existait pas, il faudrait vite l'inventer ? Sur les enjeux européens, en effet, il fait vivre les idées et les pratiques de l'expérience de la démocratie citoyenne exemplaire que fut la campagne contre le TCE de 2004-2005 : pas de fuite en avant antieuropéenne, mais au contraire un projet européen solidaire, en rupture profonde avec le modèle caricatural imposé aujourd'hui. Que cette perspective alternative ait conquis une place de choix dans le débat national – et même européen – est un succès à apprécier à l'aune des dangers mortels que nous venons de rappeler.

(1) Député honoraire du Parlement européen.

(L'Humanité dimanche)

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