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Samedi 28 Avril 2012 :

 

[ Europe : comment le score de Mélenchon est-il perçu ? ]

« On va pouvoir stopper le traité Merkel-Sarkozy »

Par Jürgen Klute, député européen allemand, Die Lynke.

Le résultat enregistré par le Front de gauche en France constitue un formidable encouragement pour Die Lynke en Allemagne et, j'en suis persuadé, pour toutes les forces de progrès en Europe. Il y a en effet de bonnes raisons de penser maintenant que le traité Merkel-Sarkozy instaurant la discipline budgétaire va pouvoir être stoppé.

Je m'en réjouis. Car la mise en oeuvre de ce traité aurait des conséquences tragiques pour toute l'Europe. Ce qui est visé, c'est en effet la destruction des États sociaux qui ont fait jusqu'ici l'originalité et la force du modèle de développement européen. Le traité pénaliserait la croissance alors que le besoin d'une relance est devenu aujourd'hui si lancinant qui s'impose dans tous les cercles des discussions économiques. Jusque dans la bouche du président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, ou celle du président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, qui invoquent maintenant la nécessité d'un pacte de croissance. L'un ou l'autre l'envisagent, certes, sous forme de réformes « structurelles », telles celles mises en oeuvres en Italie ou en Espagne. C'est-à-dire d'un nouveau renforcement de la précarité au nom de la flexibilisation des marchés du travail. Il reste que l'inflexion de leurs discours confirme combien l'austérité est une dangereuse impasse.

La gauche unitaire européenne s'est prononcée contre ce traité « budgétaire » qui renforcerait les souffrances sociales déjà insoutenables endurées par les citoyens des États membres du sud de l'UE. Mais les salariés allemands ne seraient pas épargnés. Berlin a déjà instauré un « frein à dette » (règle d'or dans la Constitution qui l'oblige à serrer la vis des dépenses publiques.

Un changement à la tête de la France est une condition nécessaire même si elle n'est sans doute pas suffisante pour stopper cette funeste fuite en avant dans une austérité budgétaire généralisée. Le candidat socialiste, François Hollande, a évoqué un besoin de renégocier ce traité. Nous savons que, s'il est élu, l'affaire ne sera pas réglée pour autant.

Nous avons trop l'expérience de ce côté-ci du Rhin des promesses électorales non tenues par le Parti social-démocrate (SPD) une fois qu'il accédait aux responsabilités. Nous savons qu'il faudra encore se battre, se mobiliser pour que cette intention devienne réalité. Mais, précisément la résurgence d'une importante force sur la gauche de l'échiquier politique français nous place aujourd'hui dans de bien meilleures conditions pour stopper ce traité Merkel-Sarkozy.

C'est urgent. Il y va de l'avenir même de l'Europe.

Les signes de ralentissement se multiplient partout dans la zone euro. Particulièrement dans les pays du Sud auxquels ont été administrées des purges empoisonnées. On a appris ce mercredi (25 avril) que la Banque centrale grecque avait dû revoir encore à la baisse ses prévisions pour l'année 2012, tablant désormais sur une récession de – 5 %. Les rentrées fiscales vont donc continuer de se réduire. Comment prétendre rééquilibrer les comptes publics de cette manière ? L'Espagne, le Portugal sont confrontés au même phénomène.

Ce que l'on présente comme le modèle allemand n'est pas viable à terme. D'abord parce que l'écrasement, les démontages sociaux introduits durant la dernière décennie ont poussé des millions de citoyens dans la précarité de ce côté-ci du Rhin. Et cette injustice sociale est insupportable. Il faut augmenter les rémunérations en Allemagne. Il n'existe pas de salaire minimum légal chez nous. Revendiqué au départ uniquement par Die Lynke, le besoin d'en introduire un est partagé désormais très largement dans la société.

Ensuite le « modèle » est condamné parce que l'Allemagne exporte massivement chez ses partenaires. Ses fantastiques excédents se traduisent donc mécaniquement par des déficits pour les autres. Et ce déséquilibre est intenable. Un tel « modèle » exacerbe en fait les tensions au sein de la zone euro. L'Allemagne peut aujourd'hui emprunter à des taux très bas quand les autres États membres voient leurs taux augmenter dans des proportions insupportables. Et il apparaît ainsi de terribles distorsions de charges financières.

(l'Humanité)

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