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Samedi 28 Avril 2012 :

 

Éditorial

Cris et fureur d'un candidat

Par Patric Apel-Muller

Le président candidat n'a pas supporté que l'Humanité prouve, citation à l'appui, que son discours sur le 1er Mai contre les syndicats et les corps intermédiaires ressemblait mot pour mot à ce qu'en disait Pétain en 1940.

Hier, sur France Inter, il s'en est pris à la « stupidité de ceux, je pense à un journal, l'Humanité, qui m'accusent de fascisme »,avant de se lancer dans une violente tirade anticommuniste et une mise en cause de Jean-Luc Mélenchon. Mettons les choses au point. Nicolas Sarkozy a un rapport très complexe avec la vérité : nous n'avons pas parlé de fascisme mais de « relents pétainistes ».

Les émanations en sont si fortes qu'elles incommodent jusque dans les rangs de l'UMP, comme en témoignent les récents propos de Jean-Pierre Raffarin, et le fait qu'il ait dû renier le terme de « vrai travail », prétendant mensongèrement devant des millions de téléspectateurs, mercredi soir, sur TF1, qu'il n'avait pas prononcé ces mots.

Il reste que, pour la première fois depuis la Libération, un dirigeant de la droite organise une manifestation antisyndicale, le 1er Mai. C'était jusqu'alors l'exclusif apanage des Le Pen, père et fille. Notre journal n'a pas usé de qualificatifs mais de faits sur lesquels certains de nos confrères, qui ont accompagné la fureur sarkozyste, devraient se pencher. N'avait-il pas déjà évoqué, avec des accents des années sombres, la terre qui ne ment pas ? L'épouvantail agité par Nicolas Sarkozy sur l'appel à voter Hollande, lancé dans 700 mosquées, s'est également avéré un mensonge éhonté, comme un prétendu appel du prédicateur islamiste, Tariq Ramadan. Utiliser ce type de stigmatisation de populations pour leur croyance religieuse ou leur origine ethnique, faire du mensonge un ressort de campagne... ça ne vous rappelle rien ?

L'opération à laquelle s'est livrée hier le président, qui a donné satisfaction à une revendication des policiers les plus extrémistes après une manifestation de protestation contre l'inculpation d'un des leurs qui semble avoir tiré dans le dos d'un malfaiteur fuyard, est un nouvel épisode de cette installation sur les terres FN. L'affaire est suffisamment trouble pour que le parquet, qui représente le ministère, n'ait pas fait appel de la décision. Le choix de faire primer l'ordre, à n'importe quel prix, sur la justice est une dérive inquiétante. C'est toujours quand elle flirte avec l'extrême droite que la droite renoue avec les idées et les mots du maurrassisme ou des ligues factieuses d'avant-guerre.

Ces dernières tirades contre les syndicats ou les salariés à statut s'ajoutent à un chapelet de mesures antisociales, à l'autoritarisme du plan européen d'austérité... À entendre le président candidat, on mesure que son programme est pire encore que son bilan. L'Humanité le dira et le redira, sans crainte d'être la cible des colères élyséennes. Citons Zola : « Une société n'est forte que lorsqu'elle met la vérité sous la grande lumière du soleil. »

(l'Humanité)

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