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Jeudi 26 Avril 2012 :

 

Éditorial

Ne pas se laisser impressionner

Par Paule Masson

« Méfiez-vous de qui veut rétablir l'ordre », avertissait Diderot. Sage conseil de l'homme des Lumières qui appelle à ne pas se laisser aujourd'hui piéger par l'emballement de la machine Sarkozy. La droite a lâché ses fauves. Tels des loups, ils attaquent en meute, nous délivrant le triste spectacle d'un entre-deux tours qu'on aurait aimé ne pas connaître. Nicolas Sarkozy multiplie les provocations pour se rallier les suffrages des électeurs du Front national, plus gesticulant que jamais, le rictus hargneux contre les fonctionnaires, ces travailleurs « à statut » qu'il oppose aux « vrais travailleurs », contre les chômeurs, forcément « assistés », contre les immigrés, contre François Hollande et les autres forces de gauche, Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly... Il choisit de déployer une stratégie de sidération du corps électoral qui ne peut servir, à terme, qu'a érigé un nouveau tremplin pour le Front national.

Les Fillon, Copé, Bertrand, Guéant, Kosciusko-Morizet, tous en ordre de bataille, dégainent en rafale. Hier, le tir de boulets s'est concentré sur la CGT, Xavier Bertrand se permettant une attaque personnelle plus que déplacée sur la façon dont Bernard Thibault « s'occupe de son organisation ». Jean-François Copé, en chef de troupe, a osé demander que le temps de parole de la confédération syndicale soit décompté de celui du candidat PS. Ces flots de haine sont calculés, insupportables, mais ils révèlent en creux le poids du premier syndicat de France, qui vient d'appeler – la FSU l'a fait aussi – à battre Sarkozy le 6 mai, estimant nécessaire

« pour le progrès social » d'élire un nouveau président de la République.

En toute chose, il faut savoir raison garder, dit le proverbe. En jouant la démesure, la droite montre ce dont elle est capable. Du pire. Elle révèle aussi sa peur panique de perdre la présidentielle, d'être ratatinée aux législatives, d'exploser en vol sitôt le deuxième tour passé. Il ne faut pas se laisser impressionner. Ni se laisser enfermer dans les contrevérités qui veulent faire croire, par exemple, que le vote des étrangers serait forcément

« communautaire » ou que les immigrés seraient à l'origine des déséquilibres des comptes sociaux. Le piège, c'est de se laisser mettre sur la défensive et de retomber dans les ornières qui laisseraient toute la place aux idées du Front national avant que le Front de gauche décide de mettre les pieds dans le plat.

Pendant que la droite déverse ses verbiages, 5000 salariés sont menacés par le possible crash du numéro 2 de la sécurité, Néo Sécurité. L'emploi, les salaires, les services publics, la protection sociale, l'éducation, reviennent comme un boomerang s'imposer dans la campagne de second tour. Les études postélectorales montrent du reste que les deux principaux déterminants du vote ont été la réduction des inégalités sociales et le recul du chômage. Sarkozy n'avait aucune chance de s'imposer sur ces terrains. Dans sa profession de foi de second tour, François Hollande les met en avant, réitérant son intention de « mettre au pas la finance », mais appelant aussi aux « efforts nécessaires ».

Il faut donc continuer à pousser. Le 1er Mai va y contribuer. Les syndicats appellent à défiler autour des « revendications pour le progrès social ». Ils donnent priorité aux questions de l'emploi, de la lutte contre la précarité, de l'augmentation des salaires, autant de sujets que la droite veut à tout prix étouffer.

(l'Humanité)

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