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Mardi 24 Avril 2012 :

 

Éditorial

La mode vichy de Sarkozy

Par Patrick Apel-Muller

Nicolas Sarkozy n'a pas perdu de temps. Durant les dernières années, il avait conforté ou fortifié les arguments du Front national ; à la veille d'un second tour qu'il sait périlleux, il les fait siens. « Je vous ai entendus », lance-t-il, aux électeurs d'extrême droite et, tandis que son aile droite emmenée par Thierry Mariani tape sur « le droit de vote pour les immigrés », agite la régularisation des sans papiers et la suppression des peines planchers pour les récidivistes, le président, sortant et bientôt sorti, espérons-le, réactive les vieilles recettes d'avant-guerre, en annonçant un « très grand rassemblement » antisyndical le 1er mai à Paris, pour une fête des travailleurs rebaptisée « fête du travail ».

« La fête du travail », martèle avec la plus grasse démagogie celui que Neuilly a choisi à 75 %, et qui, pour bien signifier qu'il déclare la guerre aux travailleurs, a choisi comme lieu le Champ-de-Mars. On imagine donc un rendez-vous de corporations comme au bon vieux temps où les syndicalistes étaient clandestins... Il avait déjà rodé cette rhétorique en opposant « les salariés d'ArcelorMittal » et « des syndicalistes qui trompent leurs adhérents en faisant de la politique au lieu de défendre l'intérêt des salariés ». L'UMP s'habille donc en vichy, confirmant un état de décomposition que flaire avec gourmandise Marine Le Pen et attestant le diagnostic désabusé de De Gaulle : « Nous n'avons pas su apprendre à la bourgeoisie le sens de l'intérêt national. » On pourrait y ajouter le goût de la démocratie.

Les cortèges unitaires appelés par les confédérations n'auront, cette année moins encore que les autres, aucun caractère rituel. Les militants syndicaux, les salariés et les démocrates ont trouvé une raison de plus de leur assurer une force considérable pour défendre leurs droits et leurs revendications. Nul doute que les militants du Front de gauche y seront nombreux, apportant une contribution de plus pour mettre un terme à la démolition des conquêtes sociales entreprise depuis cinq ans par l'Élysée. Le président des riches doit être battu et le cabinet noir, qui, niché dans les ors du palais de la République, fomente la résurgence des idées d'extrême droite, doit être dissous par l'action des urnes le 6 mai. Les quelque quatre millions de voix qui se sont portées sur Jean-Luc Mélenchon sont un des tout précieux pour l'élection de François Hollande, Laurence Parisot a fait ses comptes et redoute un élan de la gauche.

Puis, si le pourcentage du Front de gauche augmente encore lors des élections législatives qui suivront, nous nous doterons de forces supplémentaires pour empêcher l'entrée de députés lepénistes à l'Assemblée nationale. Il s'agira aussi d'une assurance-vie pour toutes les revendications que le Front de gauche a portées : le Smic à 1700 euros, le retour de la retraite à 60 ans à taux plein pour tous, l'interdiction des licenciements boursiers, une réforme de la fiscalité, la création d'un pôle bancaire et financier public, le refus de l'accord Sarkozy-Merkel et la ratification par référendum de tout nouveau traité européen... Il faudra aux salariés un plus grand nombre de députés combatifs et courageux qui ne se laisseront pas paralyser par les sirènes de l'austérité. Aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon, qui comptaient sur un score encore meilleur et qui trahissent un peu de déception, de mesurer ce que permet déjà aujourd'hui une influence renforcée. « Cette nuit, écrivait René Char, nos travaux de poussière/Seront visibles dans le ciel... »

(l'Humanité)

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