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Lundi 23 Avril 2012 :

 

Un capital centralisé, un salariat éclaté...

Par Gérard Filoche,

inspecteur du travail

« Rassurer les marchés », voilà ce qu'on entend sans cesse. Ça revient à jeter des steaks aux requins. Qui sont ces foutus « marchés » qui nous font tant de mal et qu'il faudrait « assurer » ? Auxquels il faudrait rembourser une dette qui n'est pas la nôtre. Sont-ils anonymes, insaisissables à ce point qu'on ne puisse rien contre eux ?

Pourtant, il y a des responsables. Ils sont identifiables. On peut agir pour les empêcher de continuer de nuire. Pas seulement contre les hommes de Goldman Sachs qui ont pris le pouvoir en Europe (voir « HD » ° 284). Dans une étude, trois chercheurs de l'Institut fédéral de technologie de Zurich ont mis en évidence l'extrême centralisation du pouvoir capitaliste.

Selon eux, « les multinationales (…) forment une structure de noeud papillon géante et une grande part du contrôle est drainée par un choeur tissé serré d'institutions financières ». Après avoir identifié 43 060 firmes transnationales (Trans National Corps ou TNCs), selon la définition de l'OFCE, ils calculent qu'« à eux seuls, les 737 détenteurs prépondérants cumulent 80 % du contrôle sur la valeur de toutes les TNCs ». Ils en tirent la conclusion que « le degré de contrôle du réseau est bien plus inégalement distribué que la fortune. En particulier, les acteurs du haut de la liste détiennent un contrôle 10 fois plus fort que ce qu'on attendrait sur la base de leur fortune ».

Pour ces trois chercheurs, la centralisation du pouvoir capitaliste ne s'arrête pas là ; 147 TNCs, « via un réseau complexe de relations de propriété », possèdent 40 % de la valeur économique et financière des 43 060 TNCs. Enfin, au sein de ce conglomérat de 147 multinationales, 50 « super-entités » concentrent l'essentiel du pouvoir. Parmi ces « super-entités » : Goldman Sachs, Barclays PLC, J.P. Morgan Chase & Co, Merrll Lynch, Bank of América Corporation, mais aussi (en Europe), UBS AG, Deutsche Bank AG, et (en France) Axa en 4e position. Ntixis, Société générale, BNP Paribas.

Un tel réseau financier « densément connecté devient très sensible au risque systémique » et c'est au final un nombre extrêmement restreint de fonds d'investissement et d'actionnaires, au coeur de ces interconnexions, qui décident de restructurer les grands groupes industriels et de spéculer sur l'immobilier, le pétrole ou les dettes des pays du Sud, ou contre la zone euro...

Dans la lutte qui les oppose, le pouvoir du capital est très centralisé, la force du salariat trop éclatée.

(L'Humanité Dimanche)

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