> Presse  —>Rendez-vous avec l'espérance

 

Vendredi 20 Avril 2012 :

 

Éditorial

Rendez-vous avec l'espérance

Par Patrick Apel-Muller

« Être en retard est un acte de violence », disait Gandhi. Dimanche, il faudra être ponctuel, à l'heure exacte des crises et des colères, des défis et des espérances. Il est temps d'échapper au long piétinement de ce quinquennat qui a vu reculer les garanties sociales, trébucher les libertés et l'argent régner sans vergogne. L'engrenage de l'austérité, qui broie les peuples d'Europe, était destiné à la France à l'orée de la campagne électorale. C'était même, planté à la mode de chacun des favoris, ce qui devait envahir tout le champ du débat politique. Le scénario a été déjoué par la dynamique du Front de gauche, qui a ramené au premier plan les urgences sociales et remis à l'ordre du jour l'objectif des progrès sociaux.

Avec son programme, « l'Humain d'abord », il a tiré les leçons des échecs de ceux qui croyaient apprivoiser la brutalité capitaliste en lui cédant tout. Quels que soient les résultats de Jean-Luc Mélenchon – et ils seront bien supérieurs à ce que lui destinaient les sondages cet hiver – un nouveau style politique est en train de s'ouvrir. La fatalité qui gelait les consciences et brisait les volontés vient spectaculairement de reculer. Les marchés financiers aux dents longues, les libéraux jusqu'alors triomphants, le personnel du régime en sont conscients. Dans un registre de propagande grossière dont il fait désormais son pain, le Point fait sa une sur « la haine des riches » qui se serait emparée du pays avec « la nostalgie de la Révolution », sous l'influence « des nouveaux Robespierre ». Bref, c'est panique à Versailles et à Neuilly-sur-Seine. Cela résonne sur les parquets cirés des beaux quartiers, mais cela s'entend aussi dans une gauche qui s'était soumise aux diktats capitalistes. Des mots oubliés retrouvent du charme aux yeux des ténors socialistes et le laisser-privatiser est moins en cours parmi les responsables d'EELV.

Les dernières heures de campagne sont toujours le théâtre de basses manœuvres, d'épouvantails brandis pour susciter des effrois ultimes à l'heure du vote. Libération en fait une tonne en affichant an une « Marine Le Pen, la menace », destinée à ranimer le vote « utile » qui a perdu ses raisons d'être. En effet, tous les sondages convergent pour montrer que la candidate de la haine ne sera pas qualifiée au second tour. Quant au président sortant, il semble promis aux lendemains qui déchantent et toutes les opérations menées autour de la sécurité n'y ont rien changé. La vraie, l'efficace mobilisation contre l'extrême droite à laquelle pourrait contribuer ce quotidien, serait celle qui propulserait Jean-Luc Mélenchon devant elle. Qui, sinon lui, a mené campagne contre le FN ?

Il est encore temps, jusqu'à l'ouverture des bureaux de vote, de mobiliser les électeurs hésitants en faveur du Front de gauche, ceux que la crainte d'être à nouveau floués pousse à s'abstenir, ceux qui ne veulent donner leur voix qu'à une politique qui les écoute et qui leur parle. Chacun, dans son entourage, connaît des proches dans ce cas. Les appeler, les rencontrer peut faire la différence et peser dans la balance, non seulement dimanche soir, mais pour les mois de mobilisations qui s'annoncent dans les urnes et dans la rue. Dès lundi, nous en serions tous plus forts.

(l'Humanité)

  haut de page