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Vendredi 20 Avril 2012 :

 

Porte de Versailles, à Paris, le rouge est mis

Dès 18 heures, hier, plus de 60 000 personnes, brandissant des drapeaux rouges, se sont engouffrés dans le hall immense du Parc des expositions de Paris.

Magali, vingt-trois ans, assistante monteuse, tout de rouge vêtue. Jusqu'à ses lunettes de soleil, cerclées de rouge. « J'ai été convaincue par l'idée de l'Humain d'abord. Plus que des points précis du programme, c'est la vision globale d'une autre société qui me plaît. Le Front de gauche incarne un renouvellement de la politique. » Magali est une, une parmi les plus de 60 000 personnes qui se pressent au Parc des expositions, jeudi soir, à Paris, pour le dernier rendez-vous populaire avant le premier tour de l'élection présidentielle. Les cris de « Résistance, résistance » sont toujours vigoureux. Histoire de rappeler que le mouvement suscité par le Front de gauche est « bien accroché aux sol », n'en déplaise aux commentateurs politiques qui ont du mal à masquer leur dépit qui auréole Jean-Luc Mélenchon des attributs de la République pour mieux les traîner dans la boue.

Un mouvement si ancré que ni la déferlante de provocations grossières à l'égard du candidat cette semaine, ni la montée « sondagière » du FN largement relayée dans les médias ne parviennent à l'affaiblir. « Le mouvement, qui aujourd'hui ne dépasse, explique le prétendant à l'Élysée, n'a pas poussé comme un champignon, il vient de loin. » Et de très loin.

Les organisateurs ont dû effectuer dix fois le tour de la capitale pour trouver un espace suffisamment grand pour accueillir la foule. Une foule qui n'a cessé de grossir depuis le premier meeting de lancement de la campagne, le 29 juin 2011, place Stalingrad, à Paris. C'est d'ailleurs sur cette même place, dans un Paris populaire, que le Front de gauche organise dimanche sa soirée électorale, appelant, une fois de plus, les citoyens à en faire un moment d'échange collectif.

Pour l'heure, au Parc des expositions, les orateurs se succèdent alors que la foule n'en finit pas d'arriver. Christian Picquet (Gauche unitaire) prend le premier la parole. « Grâce au Front de gauche, le peuple est en train de retrouver la gauche qu'il croyait avoir perdue », dit-il. Pour Martine Billard (Parti de gauche), « le Front de gauche, c'est le peuple que les puissants voudraient tant voir disparaître de la scène politique, juste bon à s'échiner au boulot mais ne devant surtout pas revendiquer, exiger, s'exprimer ». Pierre Laurent (PCF) se fait offensif : « Il est fini le temps où vous alliez aux urnes en laissant la moitié de vos idées aux portes du bureau de vote ; fini le temps des calculs tactiques sur injonction des sondages ; fini la peur d'être à gauche pour rassurer le centre – ce génial argument qui a fait perdre toutes les présidentielles à la gauche depuis vingt-cinq ans... »

L'un des enjeux, entend-on dans les travées comme sur la tribune, est de mettre dimanche le Front de gauche devant le Front national. Et jusqu'au bout, les militants feront l'impossible pour convaincre les électeurs de placer Jean-Luc Mélenchon loin devant Marine Le Pen, alors que les derniers sondages créditent la candidat d'extrême droite de 15-16 % contre 13-15 % pour le candidat du Front de gauche. Et les militants restent d'autant plus accrochés à cet objectif que 6 à 8 millions de personnes n'ont toujours pas fait leur choix, selon les sondeurs.

Convaincre les indécis et les abstentionnistes demeure, pour le Front de gauche, une priorité chevillée au corps. Crédité de 3 % en juillet 2011, son candidat peut se féliciter d'avoir gagné 10 points de plus. D'être celui qui a su se montrer le plus convaincant si l'on en juge par une enquête LH2 pour le Nouvel observateur. Sans doute grâce, aussi, à sa ténacité au combat contre Marine Le Pen, alors que les autres candidats ont tous scrupuleusement appliqué une stratégie de l'évitement.

On retrouve Magali. Elle nous confie que, dans son entourage, beaucoup sont tentés de « voter utile », pour François Hollande. « Je leur répète qu'il n'y a aucune chance qu'il soit éliminé du deuxième tour par le Front national, comme Lionel Jospin en 2002. » En 2007, la jeune femme avait voté pour les Verts. Elle aussi veut tourner la page des années Sarkozy. Mais pour elle, « le plus intéressant, c'est ce qui se passera après les élections. J'espère que nous resterons mobilisés, pour contraindre Hollande à mener une politique de gauche ». Voilà qui est dit.

Mina Kaci et Marie-Josée Sirach

(l'Humanité)

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