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Lundi 16 Avril 2012 :
Éditorial Ce printemps qui fleurit Par Michel Guilloux « Au printemps de quoi rêvais-tu ?... » C'est par le texte de la belle chanson de Jean Ferrat que Jean-Luc Mélenchon a clos, samedi à Marseille, ce nouveau pari transformé. Faisant « Plage au peuple », le meeting du Prado, avant celui de jeudi à Paris, puis l'ultime rendez-vous, pour cette première étape, dans les urnes dimanche, a rassemblé un peuple coloré qui reprend espoir en lui au fur et à mesure qu'il prend conscience de sa force. Hier à Paris, on avait l'impression inverse de voir jouer Pour qui sonne le glas. Est-ce parce que Nicolas Sarkozy avait choisi la place de la Concorde ? Finir là-même où il a commencé son travail de destruction voici cinq ans en compagnie de ses amis de la bande du Fouquet's... Tel un Dr Jekyll qui oublie son Mister Hyde, les mots du candidat portent le lourd poids de l'amnésie des actes du président. La reprise de couplets contre « la dictature de la finance » tombe à plat, dans la bouche de celui qui a fait voter à marche forcée la super-austérité dans le traité européen concocté avec son amie Merkel. Et fût-ce en termes enrobés, le président candidat du CAC 40 a encore dégainé sa haine contre le peuple qui relève la tête, triant entre « bons » et « mauvais » Français. Cette hargne à peine déguisée ne masque pas cet autre fait de fin de campagne : entre main tendue depuis trois jours à François Bayrou et danse du ventre devant les électeurs du FN venus à lui en 2007, une chose est certaine : l'argument du vote utile est posé au camp sarkozyste, et seulement à lui. Alors, au printemps de quoi rêvons-nous ? Qu'un formidable « Dégage ! » s'exprime à son tour en France dimanche prochain dans les urnes et, plus encore, le 6 mai. La dynamique enclenchée par le Front de gauche, son candidat, ses composantes, ceux qui les rejoignent, ne s'arrêtera pas avec la défaite de cette droite ultraréactionnaire mais elle fait de la contribution décisive à sa défaite un préalable à la suite de « l'insurrection citoyenne » en cours, face au pouvoir des forces de l'argent. Tous peuvent se retrouver dans le souci affiché, également dimanche à Paris, par un François Hollande en appelant à « une République plus forte que les marchés ». Cela rend vains les espoirs de commentateurs, qui rechaussent en leur grand peur les lunettes de ces mêmes marchés financiers, d'une quelconque stérilisation des voix à gauche de côté-là. Au contraire, cette vague populaire contribue à faire monter les scores de l'ensemble de la gauche. Cela s'observe dans les sondages. Que cela soit dans les urnes dimanche dépend des cinq jours qui viennent. Nul doute que, par dizaines de milliers, les sans-culottes du XXIe siècle ne vont pas mesurer leur effort. Le vent s'est levé et il ne va pas finir de souffler. (l'Humanité)
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