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Jeudi 12 Avril 2012 :
Éditorial Résistance Par Paule Masson Décédé à quatre-vingt-dix-sept ans, Raymond Aubrac définissait ainsi l'acte de résister : « Essayer de comprendre ce qui se passe dans la société qui nous entoure. Et quand on a le sentiment qu'on est devant une injustice, réagir à l'injustice... » Dans les années noires de la Seconde Guerre mondiale, quand les fascistes étaient tout-puissants, celles et ceux qui ont refusé de se soumettre ne savaient rien de l'avenir. Mais résister s'est imposé à eux comme un devoir, pour s'opposer à l'arbitraire et refuser que la seule perspective de l'humanité soit celle de la haine et du chaos. Ils n'étaient pas sûrs de gagner mais ils étaient sûrs de vouloir un autre avenir. Beaucoup sont morts, dont de nombreux communistes. Mais du fond de ces ténèbres, ils sont parvenus à allumer la lumière. En cela, les résistants restent une source d'inspiration. L'époque change. L'esprit reste. Depuis quelques années, l'idée de résistance revient sur le devant de la scène, le plus souvent pour contester les glissades d'un monde où les valeurs de l'argent, de l'égoïsme, de la cupidité ont pris le pas sur le sens du bien commun. « Raymond Aubrac nous a quitté, sortons de l'ombre pour tenir le poste de combat », a déclaré hier Jean-Luc Mélenchon. Aujourd'hui, ce sont les meetings du Front de gauche qui se remplissent de ce mot : « Résistance », comme une bannière commune invitant à remettre en cause toutes les promesses de malheurs contenus dans les programmes d'austérité. Hier la droite a sorti le grand jeu, agitant le spectre d'attaques spéculatives sur la France si la gauche l'emporte. Mais la politique triste, c'est eux. L'absence totale de perspectives, c'est eux. L'inefficacité économique, c'est eux. Le nouveau traité européen ? Ils l'ont conclu. Le mécanisme européen de stabilité ? Ils l'ont fait adopter. Les prêts spéculatifs à la Grèce ? Ils les ont accordés. Les pertes de salaire et les réductions des dépenses sociales ? L'Espagne, l'Italie, l'Irlande, le Portugal, la France, tout le monde y passe. Et pourtant, la crise repart de plus belle. À nouveau les Bourses plongent. Ils disent étouffer l'incendie mais soufflent sur les braises. Et les « efforts », mot que tant de candidats affectionnent, sont de moins en moins partagés puisque les riches continuent de capter les richesses au profit de leur minuscule minorité. Pour beaucoup, cette injustice fait aujourd'hui système. On s'en inquiète hors des frontières : la campagne électorale en France serait « frivole », « dans le déni de la crise ». Il régnerait dans l'Hexagone un esprit bohème révolutionnaire qui ne promettrait qu'un violent retour de bâton sitôt les élections passées... Certains en sont encore à s'étonner de la persistance d'un fort courant antilibéral en France. En 2005, il a cheminé dans l'unité et rejeté le traité constitutionnel européen. Ceux qui l'ont cru vaincu par la crise, maté par Sarkozy, se sont lourdement trompés. En 2011, il trouve à s'exprimer à nouveau dans le rassemblement du Front de gauche parce que son ambition, reprendre le pouvoir sur les banques, son projet, incarner une alternative au capitalisme et non pas une simple alternance de gouvernement, et son candidat, Jean-Luc Mélenchon, parviennent à donner envie que cette élection se joue vraiment dans les urnes plutôt qu'à la Bourse. Hier, CSA a publié une étude selon laquelle 94 % des Français estiment que le mieux-vivre des citoyens est important dans la réussite économique et sociale d'un pays. Le bonheur comme objectif commun de la société ? Ça c'est un bon programme. (l'Humanité)
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