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Lundi 9 Avril 2012 :

 

« Les entreprises ne sont pas prêtes »

Par Gérard Filoche,

inspecteur du travail

Le désastre humain, industriel et sanitaire, de l'amiante se solde en France autour de 100 000 morts, 3000 par an pendant 30 ans. Mais le pire arrive : de nouveaux risques amiante viennent d'être découverts. Jusque-là, on ne connaissait que 15 % des fibres d'amiante dites « fibres OMS ». L'Institut national de la recherche et de la sécurité (INRS) a identifié en 2010, par un nouveau procédé MATA de « microscopie électronique à transmission analytique », 85 % de nouvelles « fibres courtes » (FCA) et « fibres fines » (FFA). Cancérogènes. Cela signifie que les ouvriers désamianteurs oeuvraient depuis 1996 avec des

« équipements de protection individuels » (EPI) et collectifs qui n'en étaient pas ! Nous en avions parlé ici, le premier, en janvier 2012.

Le ministère dispose du rapport INRS depuis septembre 2011 et sait que les milliers d'ouvriers sur des milliers de chantiers risquent leur vie. Tout ce qu'il a fait, c'est de demander aux services de l'inspection du travail... de ne plus contrôler.

Interrogé dans « le Monde » du 16 mars, sur les nouvelles protections devenues impératives pour les ouvriers, le directeur général de travail (DGT), Jean Denis Combrexelle, le plus haut fonctionnaire du ministère, ose répondre : « les entreprises ne sont pas prêtes. » Xavier Bertrand, ministre du Travaille, de l'Emploi et de la Santé, et Nora Berra, secrétaire d'État chargée de la Santé, refusent d'imposer un moratoire, seule mesure désormais protectrice jusqu'à ce que de nouveaux équipements adaptés soient produits et distribués. Sarkozy adore se faire prendre en photo avec des ouvriers, mais pas question de les protéger contre la mort, quand cela risque de coûter trop cher aux « majors » du bâtiment, ses amis.

En six mots : « Les entreprises ne sont pas prêts », Jean Denis Combrexelle nie tous les principes de précaution, du droit et de l'inspection du travail, de l'OIT, de la protection et du respect de la personne humaine. Ces six mots sont tueurs : ils condamnent, pour la loi du profit maximal, les désamianteurs à respirer le poison mortel. La conclusion de Combrexelle est épouvantable : « Avec la prise en compte des fibres plus fines, il faut travailler sur de nouveaux outils d'enlèvement de l'amiante, à des méthodes plus mécanisées, et cela prend du temps. » Il aggrave son cas : « On ne sait pas faire techniquement aujourd'hui mais on demande aux entreprises de prendre toutes les précautions. » Quelles précautions ? Si on ne sait pas faire ? Mais le temps étant de l'argent, il refuse d'arrêter les travaux mortifères en attendant. Exigeons un moratoire immédiat. Combrexelle et son ministre devront rendre des comptes pour mise en danger délibérée de la vie d'autrui par ces entreprises

« pas prêtes ».

(l'Humanité Dimanche)

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