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Dimanche 8 Avril 2012 :
Europe : ça bouge de tous les côtés... Par Francis Wurtz (1) « Le 15 janvier dernier, nous décidons, au Parti de la gauche européenne (PGE), de tenir ce "sommet européen alternatif". Pour atteindre cet objectif ambitieux, dix semaines, c'est peu de temps. Or, c'est une réussite. Elle en dit long sur l'espace qui s'ouvre aujourd'hui pour travailler à des convergences et à des actions communes. » En concluant par ces mots, le 31 mars à Bruxelles, onze heures d'intenses débats entre quelque 200 représentants de forces de gauche – politiques, syndicales ou associatives – de 23 pays européens, Pierre Laurent, actuel président du PGE, traduisait un sentiment général. La diversité des participants, et donc des approches, n'a fait que mettre en lumière l'avancée que représente cette rencontre inédite et les potentialités qu'elle révèle pour poser ensemble les jalons d'une alternative face à l'offensive de la coalition des puissants. Réunir partis et syndicats relevait encore il y a peu de la prouesse. Là, on a vu et entendu, fût-ce comme observateurs, des amis de la CGT, de la FSU, de Solidaires, de la DG B allemande, des Commissions ouvrières espagnoles, de la FGTB belge, des syndicats grecs, de la CGIL italienne, etc., au côté du Front de gauche, de synaspismos de Grèce, de Die Linke d'Allemagne, de la Gauche unie d'Espagne, de la Fédération de la gauche d'Italie, du Bloc de gauche du Portugal, etc. On se souvient également de la méfiance qu'inspirait naguère à certains mouvements sociaux, notamment altermondialistes, tout interlocuteur politique. Ce hiatus appartient également largement au passé. En témoignent les interventions de personnalités aussi représentatives du mouvement associatif que Gus Massiah, du Conseil international du Forum social, de Raffaella Bollini, figure emblématique de la grande ONG italienne ARCI, ou du représentant de la Joint Social Conférence, collectif de 40 organisations syndicales, écologistes, féministes, visiblement à l'aise au milieu de cette assemblée pluraliste, respectueuse de l'identité de chaque participant, réunie à l'initiative du PGE avec la précieuse coopération de la fondation Transform !. Quant au choc des cultures et des sensibilités politiques, qui a longtemps suscité tant de blocages entre différentes forces de transformation sociale en Europe, il semble lui aussi en passe d'être surmonté. Une éminente représentante du Transnational Institute, la Néerlandaise Brid Brennan, a bien résumé cette évolution prometteuse : « Nos passés ne sont pas les mêmes. Nous avons tous notre histoire. Face aux défis énormes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui, des choses ont été mises au placard », a-t-elle déclaré avant de qualifier de « bon signal » une initiative comme celle de ce sommet alternatif, et de conclure sous les applaudissements : « On y va, on avance ! » Les combats qui s'annoncent ne seront, certes, pas un long fleuve tranquille. Nul ne peut pour autant être indifférent au chemin parcouru, qui nous permet de faire le constat de convergences sur des priorités telles que « le refus absolu du nouveau traité Merkel-Sarkozy » (Horst Schmitthenner. IG Metall) ; la volonté de « chasser la troïka, cette nouvelle trinité, de son piédestal » (Brid Brennan, Transnational Institute), ou l'appel à s'unir dans l'action pour prévenir « l'implosion démocratique de l'Europe » (Rinaldi Gianni, de la FIOM, syndicat italien de la métallurgie). Laissons le mot de la fin à Raffaella Bollini : « Aujourd'hui, le vent est en train de tourner. » (1) Député honoraire du Parlement européen. (L'Humanité Dimanche)
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