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Mardi 3 Avril 2012 :
Éditorial Crises d'angoisse à droite Par Patrick Apel-Muller Les déclarations du maire de Lyon, Gérard Collomb, comparant le programme de Jean-Luc Mélenchon à celui de Pol Pot, n'inspiraient que la compassion. Désormais, elles suscitent l'inquiétude : le virus est-il contagieux ? Voilà que Laurence Parisot, tout à son soutien au candidat des riches, dénonce, avec le candidat du Front de gauche, un retour de la Terreur, que François Bayrou le qualifie « d'extrême (…) péril pour une société comme la nôtre », et que des dirigeants d'EELV agitent les épouvantails du productivisme, voire de la dictature. Si la patronne du Medef a choisi son adversaire principal, c'est qu'elle mesure combien l'avènement au premier rôle d'une gauche combative contrarie la toute-puissance des marchés, l'impunité des ténors du CAC 40 qui pillent les richesses créées et la dévotion du pouvoir à l'égard de l'organisation patronale. Si l'entourage d'Eva Joly s'inquiète, c'est que de plus en plus d'électeurs écologistes mesurent qu'il faut dénoncer dans le libéralisme « une arme de destruction massive » de l'environnement, selon la formule de Nicolas Hulot. Enfin, le candidat du Modem sent que la dynamique du Front de gauche réduit son espace. « Tout se passe comme si la baisse de François Bayrou était provoquée par un glissement de l'électorat de centre gauche vers François Hollande, quand dans le même temps, ce dernier verrait des électeurs plus à gauche le quitter au profit de Jean-Luc Mélenchon », note l'Ifop dans sa dernière note d'étape. C'est dans ce déport du paysage politique vers la gauche provoqué par la campagne jugée la plus attractive par la majorité des Français que réside la clé de la virulence sans retenue du syndicat des patrons des grandes entreprises et de responsables politiques inquiets de sentir moins assuré le sol sous leurs pieds. Les politiques d'austérilité, l'autoritarisme établi à l'échelle européenne, la destruction des garanties sociales pourraient en être grandement contrariés. Et leurs promoteurs aussi. La droite n'a pas tardé à déchanter. Elle espérait que la montée du Front de gauche affaiblirait son opposition, quand au contraire elle hisse la gauche vers des scores qui sont ceux de ses succès et de ses victoires. Elle a donc décrété un pilonnage en règle et certains journalistes, réputés pour leur souplesse d'échine, ont entrepris de répéter – comme si cela en faisait une vérité établie – que le programme « l'Humain d'abord » n'est pas réaliste et que ses partisans ignorent la crise. C'est tout le contraire. Avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon, des centaines de milliers de citoyens entendent prendre le taureau par les cornes, substituer au laisser-faire libéral, aux grisâtres politiques d'accompagnement, des mesures qui rendent à la collectivité la maîtrise de son destin. À entendre les vitupérations de Nicolas Sarkozy contre les syndicats, la semaine précédente contre la CGT, désormais contre la CFDT, on voit remonter à la surface le vieux fond de la droite antisociale, celle qui répétait « travaille et tais-toi » et, si nécessaire, le faisait rentrer dans la tête à coups de trique. Déjà, chez ces gens-là, on mettait en cause les « agitateurs révolutionnaires » et l'on préférait les casquettes poliment retirées au passage des patrons. Mais cette pulsion autoritaire trahit de l'inquiétude. À l'Élysée, on ne se sent plus les maître du tempo, celui du débat avant l'heure de la décision. (l'Humanité)
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