> Presse —> Éducation : grève nationale aujourd'hui |
Mardi 31 Janvier 2012 :
Des maires qui veillent sur leur école Éducation. Grève nationale aujourd'hui sur la carte scolaire de la prochaine rentrée. Même lorsque des enfants manquent à l'appel, la logique comptable atteint parfois ses limites. Le maire de Ménilles (1500 habitants) dans la vallée d'Eure, Yves Rochette, a de quoi pousser un ouf de soulagement « Nous n'aurons pas de fermeture de classe à la rentrée 2012 malgré la baisse de notre effectif à l'école élémentaire. Cela fait deux ou trois ans que ça diminue mais nous n'aurons pas de classe supprimée compte tenu des perspectives démographiques », explique son adjoint aux affaires scolaires Michel Marchand. Comment l'élu a-t-il pu convaincre l'Éducation nationale de renoncer à la fermeture d'une classe quand les postes deviennent de plus en plus chers ? « Dans un courrier nous avons mis en avant le fait que 120 logements sont programmés d'ici trois à cinq ans. Et nous avons aussi dans les cartons, en attente de subventions, notre projet de nouvelle école primaire qui va être installée près de la maternelle. Nous avons mis tout cela en avant, des éléments très factuels, avec un tableau d'évolution des effectifs d'ici cinq ans », souligne Michel Marchand. Si bien que les parents d'élèves, déjà prêts à monter au créneau n'ont pas eu à intervenir. « L'école c'est l'avenir de nos villages, un critère important pour l'installation d'une population jeune », ajoute encore Michel Marchand. La crainte des maires est d'autant plus importante quand il s'agit de villages guettés par la désertification. « On est juste en effectif. Mais si on garde le même nombre d'élèves on passe », souhaite ardemment Marie-Claude Beauvallet, maire de Bosc-Mesnil dans le pays de Bray, qui fonctionne en RIP (regroupement pédagogique intercommunal) avec Bradiancourt, Neufbosc et Mathonville. « Nous devons passer une année difficile, dès 2013 ça va aller mieux. Pour l'organisation pédagogique, ce serait une catastrophe d'avoir une classe en moins. On espère vraiment y échapper », souhaite l'élue qui inaugure prochainement son école toute neuve où sont accueillis les enfants du CE2 au CM2. Marie-Claude Beauvallet se dit consciente du fait que « l'éducation nationale encourage les regroupements concentrés sur une seule école, mais nous n'avons pas ici les moyens de le faire. » Toutes les petites communes tirent le diable par la queue quand il faut investir et s'unissent pour pouvoir mutualiser leurs moyens. C'est comme ça que le Sivos (syndicat intercommunal à vocation sociale) créé près de Caudebec-en-Caux entre Saint-Aubin et Saint-Gilles-de-Cretot a vu le jour. « Il y avait eu une fermeture sur Saint-Gilles en 1992 et plus d'école pendant deux ans. Nous avons créé le Sivos et depuis nous n'avons jamais eu de fermeture. Nous allons perdre 21 enfants qui vont en sixième à la rentrée prochaine et ils seront seulement neuf pour les remplacer. Mais en 2013, nous aurons à nouveau 20 élèves en CM2, c'est pourquoi nous allons faire le maximum pour que l'inspectrice nous épargne. Car l'on sait bien qu'il est beaucoup plus difficile de fermer que d'ouvrir une classe ! », explique le maire de Saint-Gilles Colette Vanier. Les grandes villes ne sont pas épargnées, la démolition de quatorze immeubles sur le quartier sensible des Hauts-de-Rouen a suscité une demande du maire Valérie Fourneyron pour réclamer un gel des fermetures de classes, face à une baisse des effectifs temporaire. Véronique Baud Règles de sectorisation Proximité Un élève est affecté dans une école maternelle ou élémentaire de l'enseignement public selon la règle de la sectorisation scolaire. Il est scolarisé dans l'établissement scolaire qui correspond à leur lieu de résidence. Dans le cas des communes qui possèdent plusieurs écoles, elles établissent leur découpage et les habitants doivent inscrire leurs enfants dans l'école située sur leur secteur. C'est le conseil municipal qui décide de ces secteurs et le maire qui affecte les élèves. Dérogation Le maire peut aussi être amené à traiter de dérogations demandées par les familles. Elles ne peuvent être accordées qu'à titre exceptionnel, afin qu'un enfant puisse être scolarisé dans une école qui n'est pas celle découlant de son lieu d'habitation. Conditions La dérogation peut être accordée lorsque les deux parents travaillent, et que l'école qui devait accueillir l'enfant n'a pas de cantine ou de garderie. Également lorsqu'un frère ou une soeur est déjà inscrit dans l'école d'accueil. Dernier cas de figure possible, la dérogation peut être obtenue pour des raisons médicales. Si la demande porte sur une inscription dans une autre commune, la dérogation nécessite aussi l'accord du maire de cette commune. Financement Cela pose alors pour les maires le problème du financement. Qui va payer ? La commune qui accueille des enfants domiciliés sur une commune voisine doit trouver un accord avec la commune d'origine. Intercommunalité Aujourd'hui, les dépenses de fonctionnement s'inscrivent souvent dans le cadre d'un établissement public de coopération intercommunale comme les SIVOS. L'accord sur la répartition des dépenses dépend de lui. Si un désaccord surgit entre les communes, la contribution sera fixée par le représentant de l'État dans le département après avis du Conseil départemental de l'Éducation nationale. Grève et manif à Paris et Rouen les syndicats en alerte sociale Lancée par le Cnes-FSU, principal syndicat des collèges et lycées, le mouvement de contestation a été rejoint par de nombreuses organisations syndicales. Le SNUipp-FSU, principal syndicat de l'enseignement primaire, a appelé à un « temps fort national » ce mardi 31 janvier passant par la grève partout où c'est possible. La CGT, la CFDT, SUD et FO, le SE-UNSA entendent protester contre la suppression programmée de 7500 postes dans les écoles primaires alors même que le ministère de l'Éducation nationale prévoit 2500 élèves supplémentaires en 2012 en primaire par rapport à la rentrée 2011. Dans le second degré, 5600 postes sont concernés. Dans l'académie de Rouen, les représentants syndicaux considèrent être loin du compte. Le SNUipp- FSU en Seine-Maritime, avec les 130 postes supprimés, veut lancer une « alerte sociale » pour obliger l'inspecteur d'académie à négocier. Les premières cibles seront pour le syndicat les réseaux d'éducation spécialisée (RASED), les enseignants remplaçants, les intervenants en langue étrangère. Avec 36 postes de moins pour 420 élèves en plus, et 75 fermetures de classes pour 25 ouvertures, les écoles de l'Eure devront supporter une augmentation de la moyenne des élèves, d'autant que dans le département un tiers des écoles ne comporte qu'une ou deux classes et ne peuvent donc pas être touchées. Le SNUipp dénonce donc le fait que des écoles à 28 élèves par classe seront maintenues en l'état, sans ouverture supplémentaire et qu'à l'inverse des classes à 25 pourraient fermer. Pour le second degré, le Cnes cible la réduction des moyens mise en rapport avec l'augmentation des effectifs. Ainsi les collèges de l'Eure perdent treize postes, ceux de Seine-Maritime 54 et les lycées 22 alors que les effectifs augmentent d'environ 700 élèves. Le SE-UNSA appelle au rassemblement devant le rectorat à 9 h 30, tandis que la FSU et FO se rendent à Paris. V. B. (Havre libre)
|