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Dimanche 22 Janvier 2012 :
La région dans le top 5 de la précarité À 24 ans, niveau bac + 2, Florent vient de passer deux mois à la rue en mode survie, avec pour seul abri sa vieille Clio. « Ça n'arrive pas qu'aux autres. On a toujours du mal à s'élever dans la vie, mais on dégringole à 200 à l'heure. » Il y a encore un an et demi, dit-il, « J'avais un boulot, un appart, j'étais heureux ». Jusqu'au jour où American Carwash, la société qu'il emploie à Sotteville-lès-Rouen, met la clé sous la porte. Licencié, expulsé de son logement en mars 2010, il trouve refuge pendant trois mois chez l'une de ses demi-soeurs. Il raccroche une formation de développeur logiciel en informatique, on retrouve une coloc', mais pas d'emploi. Le 12 novembre dernier, retour à la case départ, la rue. « J'avais la chance d'avoir une voiture. Ma fierté en a pris un coup, mais j'ai pris sur moi. » La suite, c'est une lutte épuisante au quotidien contre le froid, pour s'alimenter, rester propre, trouver un job. C'est aux Restos du Coeur qu'il doit le coup de pouce qui va le sortir de là. L'association a avancé la caution pour la chambre, à Saint-Étienne-du-Rouvray. Jean Fontaine serre les dents. Le président des Restos estime que les associations remplissent bel et bien « un rôle de substitution de la fonction républicaine » et dénonce « la passivité indiscutable » des décideurs et des politiques sur le sujet. « La région est dans le top 5 des indicateurs de précarité. Est-ce que le monde politique peut tolérer çà ? C'est un problème de positionnement de société qui dépasse les clivages gauche-droite. » Nathalie, 48 ans, est venue chercher de l'aide à la permanence du Droit au logement (Dal). Hébergée par une connaissance à Elbeuf, elle va devoir partir. « Mon bébé m'a été enlevé parce que je n'avais pas de logement, mais aucune de mes demandes n'a abouti depuis un an. Je suis désespérée. Tout le monde doit avoir un toit. » Dans son rapport annuel 2011, la Fondation Abbé Pierre recensait 3,6 millions de personnes mal logées ou sans abri en France. Pour faire face à la crise, l'État a mobilisé 4,7 milliards d'euros d'aides en 2010 pour la construction de 140 000 logements sociaux. La Fondation estime qu'il en faudrait quatre fois plus. Sandrine Grosjean (Havre libre)
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