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Samedi 21 Janvier 2012 :

 

Le jeu de flûte sur le coût du travail et la formation des chômeurs

Le chef de l'État a remis sur la table ses arguments éculés sur la compétitivité et sur les moyens de faire reculer le chômage. Quitte à multiplier les approximations.

Les mensonges sur le coût du travail. Point essentiel de la grogne syndicale au sommet : l'argumentation présidentielle sur le coût du travail. Le président de la République part d'un constat : « Depuis 2000, la part de nos exportations dans celles de la zone euro est passée de 15,8 % à 12,6 %. Nos parts de marché baissent. » Il note, certes, que l'on ne peut expliquer totalement cette dégradation par des problèmes de coûts, particulièrement de coût du travail. Pour autant, il ne parle que de cela. Surtout, il adopte une stratégie en trompe-l'oeil. Il affirme que « le coût du travail par unité produite a augmenté de 20 % en France alors qu'il augmentait de 7 % en Allemagne entre 2000 et 2009 », mais il se garde bien de dire qu'il reste néanmoins encore inférieur de ce côté-ci du Rhin. Il pointe du doigt accusateur les cotisations payées par les entreprises, plus élevées en France, mais évite de rappeler l'utilité de ces prélèvements. On constate ainsi qu'en Allemagne l'espérance de vie des catégories de la population les plus pauvres est en recul. N'y a-t-il pas là un lien de cause à effet ? Surtout, le chef de l'État évite d'évoquer les autres coûts que ceux du travail, ceux du capital, notamment, avec la masse des dividendes et des intérêts versés qui contribuent à plomber nos productions. Enfin, Nicolas Sarkozy se félicite de ce qui serait une hausse du taux d'emploi des seniors. Là également le jeu de flûte est prononcé. Le nombre de demandeurs d'emploi âgés de 50 ans et plus a augmenté de 15,4 % en un an !

La grande esbroufe sur la formation des chômeurs. Nicolas Sarkozy a promis une réforme radicale de la formation professionnelle. « Les chiffres sont préoccupants, il n'y a que 10 % de chômeurs en formation », assure-t-il. Petite rectification, d'après le service statistique du ministère du Travail, c'est plutôt 8 %. La volonté de Nicolas Sarkozy de transformer la formation professionnelle n'est pas nouvelle. En 2009, le président annonçait déjà la création d'un fonds paritaire de sécurisation professionnelle (FPSPP). Provisionné de 900 millions, il devait former 500 000 salariés peu qualifiés chaque année et 200 000 demandeurs d'emploi. Le hic, c'est que ce fonds n'a cessé d'être pillé par le gouvernement depuis sa création. En 2011, il avait pioché à hauteur de 300 millions d'euros. Et rebelote en 2012. Le président a précisé que Gérard Larcher mènerait sous deux mois une concertation pour porter les bases de la formation professionnelle. Pour son nouveau projet, le président a promis 150 millions. « Le but est que chaque chômeur ait une formation. Et que chaque chômeur soit conduit à accepter l'offre d'emploi qui lui sera proposée », lance-t-il. La menace est à peine voilée : il faut donc forcer les chômeurs à se remettre au travail ! S'ils sont favorables à plus de formation, les associations de chômeurs, le MNCP, l'Apeis, AC !, l'Appel et la pioche, Actu chômage, unies au sein du collectif les Raisons de la colère, estiment que « la formation des chômeurs ne peut être la solution miracle au chômage, alors qu'il y a tout au plus 500 000 emplois vacants pour près de 5 millions de chômeurs, pour beaucoup, déjà formés, voire surdiplômés ! ».

Pierre Ivorra et Cécile Rousseau

(l'Humanité jeudi 19 janvier 2012)

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