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Vendredi 20 Janvier 2012 :

 

Les Lejaby face à l'hypocrisie des pouvoirs publics

Au lendemain de l'annonce d'un plan de reprise synonyme de 255 licenciements et de la fermeture de la dernière usine Lejaby, les ouvrières refusent d'être instrumentalisées par un gouvernement qui a encouragé le massacre industriel.

« Les pouvoirs publics ont fait semblant de nous soutenir, nous ont menti, ont préféré les déclarations d'intention à l'action pour garder l'emploi. Ils ont laissé prendre le contrôle du groupe Lejaby par un fonds de pension italien et approuvé l'arrêt des productions en France. C'est inacceptable et c'est l'exemple de l'échec du sommet social. » Face aux effets d'annonce du ministre du Travail, jeudi matin, sur France Info, qui assurait les ouvrières de Lejaby licenciées d'un accompagnement par le biais d'un contrat de sécurité professionnelle (CSP), présenté comme une mesure exceptionnelle, les salariées du site d'Yssingeaux (Haute-Loire) ont mis les choses au clair. Par le biais d'une motion adoptée en assemblée générale, elles ont mis l'État, prodigue en belles paroles sur la réindustrialisation, face à ses responsabilités dans le bilan désastreux de la désertification industrielle, et de la fermeture de leur usine en particulier.

« Ce n'est pas un cadeau, c'est juste la loi ! »

Confronté, lors de son passage sur les ondes de la radio publique, aux réactions de colère des ouvrières, après l'annonce, mercredi, de la reprise par Prost-Bugnon-Isalys synonyme de 255 licenciements et de la fermeture de la dernière usine Lejaby, Xavier Bertrand a expliqué, sur l'air de la révélation fracassante : « Nous avons mis en place un contrat de sécurisation professionnelle qui permettra aux salariés licenciées de toucher 98 % de leur salaire net pendant un an, le temps d'envisager une autre activité. » Indigné, Raymond Vacheron, représentant CGT de la fédération du textile, présent dans la lutte aux côtés des Lejaby, a immédiatement réagi : « Encore heureux qu'elles auront le droit au CSP, on le savait déjà, ce n'est pas un cadeau, c'est juste la loi ! »

En effet, depuis l'entrée en vigueur de ce dispositif, le 1er septembre 2011, l'employeur qui licencie pour des raisons économiques est obligé de proposer un contrat de sécurisation professionnelle à ses anciens salariés. Ce que les salariées ont en revanche obtenu d'exceptionnel auprès du ministre concerne les ouvrières licenciées au titre du précédent plan de restructuration. « Fin 2011, on a eu une réunion au ministère du Travail où on a négocié que les salariées qui ont été licenciées dans le plan social de 2010 puissent bénéficier du CSP en plus du congé de reclassement », explique Jeannine Caillot, déléguée CGT au CCE de Lejaby, qui précise que les salariés n'ont pas été approchées par le ministère pour évoquer ce nouveau plan de licenciements. « Le combat exemplaire des Lejaby met le gouvernement en difficulté », analyse Raymond Vacheron. « Ils veulent faire croire qu'ils font quelque chose, mais c'est du vent », juge le responsable de la fédération du textile. Deux jours après l'annonce du plan de reprise choisi par le tribunal de commerce de Lyon, les ouvrières continuent à se battre pour obtenir les meilleures conditions de départ possible et pour exiger que l'État, tout comme leur ancien propriétaire, le groupe Palmers, assument leurs responsabilités dans le démantèlement de l'activité de Lejaby. « Il faut que Palmers honore la fin du plan de licenciements de 2010 », affirme Jeannine Caillot, qui explique que ce sont les AGS (régime de garantie des salaires – NDLR) qui vont payer pour les soixante-dix salariés licenciées qui n'avaient pas terminé leur congé de reclassement au moment de la mise en redressement judiciaire.

Les salariées envisagent en outre de poursuivre Palmers pour licenciements abusifs. « Nous demandons la mise en place de préretraites à partir de cinquante-cinq ans. Nous voulons une revalorisation des primes de licenciement pour atteindre 10 % des salaires perçus. Nous voulons un plan de réindustrialisation du site d'Yssingeaux », a déclaré l'assemblée générale des salariés de Haute-Loire, qui occupent l'usine.

Laoan Nguyen

(l'Humanité)

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