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Vendredi 20 Janvier 2012 :

 

ÉDITORIAL

L'appel aux travailleurs

Par Jean-Paul Piérot

La campagne électorale bouscule les schémas préétablis par les observateurs qui braquaient leur télescope sur une catégorie exotique : les ouvriers. Avec un télescope, comme ce nom l'indique, on voit les choses de loin, de très loin même. Cette planète prolétarienne semblait bien étrange aux experts abonnés aux micros et caméras de grands médias. Ils répétaient comme une évidence que la classe ouvrière, évidemment conservatrice et attachée à des privilèges (un salaire digne, une retraite décente à un âge pas trop avancé, une durée du travail qui laisse peu de temps à la famille, à la culture, aux loisirs), fournirait désormais les plus gros bataillons de l'extrême droite et des abstentionnistes. Cette stigmatisation des ouvriers et des employés les plus modestes, de la part la plus pauvre du monde du travail, s'appuyait sur quelques résultats électoraux locaux grossièrement analysés.

Cela a suffi à la fondation Terra Nova, proche du PS, pour disqualifier hors du champ politique des millions d'hommes et de femmes qui souffrent le plus du libéralisme et de la démolition sociale menée par Nicolas Sarkozy. Conclusion d'une telle analyse : ce n'était plus vers eux que la gauche devrait se tourner en priorité, mais vers une prétendue « classe moyenne » réputée plus encline à comprendre la nécessité de sacrifices réclamés par la rudesse des temps... Ce dénigrement de classe ouvrière est combattu avec rigueur par le Front de gauche. L'appel aux travailleurs à intervenir dans le débat électoral, à y défendre des revendications bénéfiques à la société tout entière, traverse tous les discours de Jean-Luc Mélenchon. Quant au programme « l'Humain d'abord », il porte les exigences syndicales. Une convergence qui a trouvé son expression dans la conférence de presse commune de Jean-Luc Mélenchon et Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT.

Lorsqu'on prétend mettre de côté ceux qui ont le plus besoin de changement et de rupture, il est aisé d'obtenir un consensus sur la rigueur, qu'il conviendrait de poursuivre, au-delà de l'élection présidentielle, quel que soit le nouveau locataire de l'Élysée. « La campagne ne peut se réduire à une course à l'austérité », s'inquiète à ce sujet le député socialiste Henri Emmanuelli, en pleine controverse à propos de l'annonce de 60 000 créations de postes ou plutôt des postes redéployés dans l'éducation nationale, survenant après la remise en cause du quotient familial et le refus de rétablir la retraite à 60 ans à taux plein ; ce nouvel incident est une indication sur la portée fort timide des changements envisagés aujourd'hui par François Hollande. Alors que Nicolas Sarkozy reste scotché au niveau de confiance le plus bas qu'ait connu un président depuis 1958, l'opération Bayrou devrait apparaître au grand jour pour ce qu'elle est : une béquille pour sarkozysme en perdition. Le candidat du Modem joue le rôle habituel dévolu au centrisme : être le rabatteur de voix pour la droite, dont il est lui-même une pièce maîtresse. L'entretien qu'il accorde au Figaro-Magazine ce week-end le confirme, pour qui en aurait douté. François Hollande et Eva Joly avaient l'un et l'autre récemment esquissé des pas en direction du député béarnais. Celui-ci se prononce pour le gel de la dépense publique, avec notamment vingt milliards d'économies... sur la santé. Cela fait désordre. La gauche ne mettra fin au sarkozysme, qui a dégradé la France bien davantage que Standard and Poor's, qui si elle se montre capable de réveiller l'espérance. C'est l'ambition, visible sur le terrain social, des militants du Front de gauche.

(l'Humanité)

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