> Presse  —> Jean-Paul Lecoq, député-maire de Gonfreville-l'Orcher

 

Dimanche 15 Janvier 2012 :

 

Toujours bon camarade

Politique. Jean-Paul Lecoq, 53 ans, député-maire de Gonfreville-l'Orcher, est le meilleur espoir du parti communiste pour partir à la reconquête du Havre.

Sera-t-il le communiste capable de reprendre la mairie du Havre à la droite ? « On me pose la question tous les jours », admet Jean-Paul Lecoq... « Alors, je ne vais pas vous dire que je n'y pense pas. Mais il y a encore beaucoup d'éléments inconnus à ce jour dans un tel engagement. Il faut que j'en sois moi-même convaincu... »

En juin prochain, sur une 8e circonscription qui semble avoir été dessinée pour lui avec toute la ville haute du Havre, Harfleur et Gonfreville-l'Orcher, Jean-Paul Lecoq aura tout loisir de tester une popularité qui rappelle celle de son modèle, André Duroméa.

S'accomplir dans sa mission

Lui-même n'oserait une telle comparaison avec l'ancien maire du Havre, même s'il ne feint pas la fausse modestie. « Je me rends bien compte que je suscite de la sympathie qui dépasse les clivages partisans », dit le député-maire de Gronfreville.

Au point qu'il a ravit en 2007 à Denis Merville (UMP), quelques semaines après la victoire de Nicolas Sarkozy, une circonscription mi-urbaine, mi-rurale. Cinq ans plus tard, il avoue s'accomplir dans sa mission de parlementaire, même s'il reconnaît que le rôle d'opposant est souvent ingrat. « Lors de ma première entrée dans l'hémicycle, j'ai reçu une forte charge émotionnelle, moi qui me suis construit dans l'idéal de la Révolution Française. » Une conviction républicaine que lui a inculqué son père, ouvrier chaudronnier, militant communiste qui a toujours souhaité que ses quatre enfants s'élèvent au-dessus de lui dans la hiérarchie sociale.

« J'ai beaucoup pensé à lui, ce premier jour à l'Assemblée », confie Jean-Paul Lecoq, très ému. Une figure paternelle d'autant plus importante que la mère fut absente, ayant quitté le foyer, abandonnant mari et enfants pour refaire sa vie, un peu plus loin dans un autre quartier du Havre. Une sorte de secret dans la vie d'un homme réputé pour son franc-parler et sur lequel il nous demande de ne pas s'étaler... « Mais ça explique sans doute ce que je suis aujourd'hui », résume-t-il. En effet, son enfance, d'abord dans la cité d'Aplemont, puis à Harfleur, aurait pu être un parcours du combattant, mais sa sociabilité, sa foi en l'avenir, son sens de la débrouille lui ont permis de franchir tous les obstacles. « Dans ma cité à Harfleur, pour cinq francs, je proposais aux locataires de laver leur partie d'escalier... Mais j'aurais pu mal tourner peut-être ! »

On en doute un peu, car à chaque étape de sa jeunesse, Jean-Paul Lecoq sera repéré par un enseignant, l'un de ses fameux hussards de la République qu'il idéalise tant, qui l'encourage, soit à l'animation du club d'aéromodélisme, soit à l'alphabétisation des immigrés... À 16 ans, il s'inscrit au PCF où très vite son sens de l'initiative est repéré. Orphelin à 20 ans quand son père meurt d'une maladie professionnelle, l'homme se construit une famille chez les militants communistes. « Pendant de nombreuses années, je n'ai eu aucun sens critique vis-à-vis du parti », admet-il.

« Je déteste le pragmatisme »

Aujourd'hui, il se qualifie facilement d'indiscipliné, mais reste dans le fond assez orthodoxe, se révélant nostalgique de Georges Marchais, chargeant les dérives soviétiques pour exonérer les erreurs du PCF. « L'histoire du parti n'est pas dure à porter, car quoi qu'on en dise, son honneur a toujours été sauf. Le communisme est une idée neuve, sinon j'aurais rendu ma carte... »

Sa liberté est plutôt à déceler dans son admiration pour Antoine Rufenacht dont il se surprend à regretter l'absence dans la politique locale ou d'avouer son ennui à gérer la Région sous la présidence d'Alain Le Vern.

Sa plus belle mission reste la direction des affaires de Gonfreville-l'Orcher, cette ville dont il a fait le laboratoire de sa vision politique. « Ce que je déteste, c'est le pragmatisme. Ce que je veux servir, c'est l'imagination, le rêve... »

Dans sa ville, il s'est créé une vraie famille, une épouse, présidente locale du Secours Populaire, deux enfants peu engagés, mais fiers de leur père, et une population très majoritairement dévouée à sa cause. « Je lutte contre le culte de la personnalité qui pourrait s'installer ici », affirme Jean-Paul Lecoq. Un argument supplémentaire pour conquérir Le Havre ? « Je saurais ne pas faire le mandat de trop à Gonfreville ou

ailleurs » élude-t-il.

Philippe Lenoir


Du tac au tac

Entre la mairie du Havre et la présidence de l'agglo, que choisissez-vous ?

Jean-Paul Lecoq : « c'est l'un des points à discuter avec nos partenaires de gauche. La gestion de l'agglomération me passionne, c'est un secret pour personne. Mais son élargissement en cours va rendre plus difficile sa conquête. »

Quels sentiments vous inspire Édouard Philippe depuis qu'il est maire du Havre ?

« Il me rappelle Antoine Rufenacht jeune avant qu'il ne soit maire. Et ce n'est pas un compliment... Dans le portrait que vous lui avez consacré récemment (éditions du 20 novembre), j'ai été surpris par son insistance à évoquer ses origines à gauche. »

Pourquoi militez-vous autant pour les causes sahraouies ou palestiniennes ?

« C'est une évidence, il ne faut pas rester replié sur soi. Et puis, en tant que député, il est important de défendre les valeurs qui fondent la France à laquelle je crois. »

(Havre libre)

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