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Vendredi 13 Janvier 2012 :

 

Éditorial

Élevons le débat !

Par Jean-Emmanuel Ducoin

Un jour, un éditocrate bien connu rive gauche avait résumé Nicolas Sarkozy en trois mots : « Activité, activité, vitesse ! » Non seulement le trait d'humour n'avait rien de fulgurant, mais, à la faveur de l'accélération de la campagne et à force de voir Sarko-ci, Sarko-là et surtout Sarko-n'importe-où pour n'importe-quoi, nous voudrions remplacer ce faux aphorisme par une phrase de Paul Valéry :

« L'homme a inventé le pouvoir des choses absentes. » À l'heure de sonder le fracas des esprits tordus rapportés à la réalité de la vie quotidienne de ceux qui souffrent, le chef de l'État a beau sortir de la TVA sociale ou la taxe Tobin de sa manche, la crédibilité de sa parole ne fait pas plus de bruit qu'une respiration lasse...

À cent jours de l'élection présidentielle, autant se le dire. Le « spectacle » offert par certains « acteurs » politiques de la « cour » médiacratique nous afflige autant qu'il nous inquiète. La responsabilité du prince-président, qui n'a cessé de dégrader sa fonction jusqu'à une forme de nihilisme archétypal, est considérable, historique. L'espèce de « magie » de sa campagne de 2007 – qui fascine encore tant de commentateurs-de-la-haute-ne fut sans doute qu'un fusil à un coup. L'Élysée, ces derniers temps, ressemble à une basse-cour en panique hantée par un canard sans tête. D'ailleurs, l'avalanche de « réformes » annoncées chaque jour ou presque par le futur candidat ou ses porte-flingues n'a pour but que d'éclipser toute envie de débats intenses en rejetant les adversaires – et les arguments des plus solides d'entre eux-à l'arrière-scène d'un théâtre de marionnettes.

En cinq ans, le pays a été entraîné dans une spirale névrotique et nous avons tout intérêt à écouter avec gravité ce qu'en dit Jean-Paul Delevoye, l'ex-médiateur de la République : « La France est en état d'usure psychique et la crise accentue ce sentiment. Il y a 12 à 15 millions de personnes pour qui les fins de mois se jouent à 50 ou 150 euros près. » Et il ajoute : « Les Français sont en train d'imploser. » Voilà un état des lieux que ne perçoit absolument pas Laurence Parisot. Au comble de la joie, la patronne du Medef vient en effet de jeter des fleurs au pied de son cher président pour le remercier de « son action ». Et pour cause. Le pouvoir a un peu plus enfoncé la France dans un univers de contre-révolution idéologique, sociale et politique, assortie d'un affaissement des repères symboliques. En ce moment, toute la machinerie sarkozyste ne vise qu'à produire une déperdition de sens, réduisant l'engagement public à des exhibitions physiques ou verbales abêtissantes. D'où vient la menace ? Est-ce cette « guerre » si « la gauche revient au pouvoir », comme l'a scandaleusement évoqué Bernard Accoyer ? Ou est-ce plutôt ce sommet social prévu la semaine prochaine, après lequel l'Élysée voudra imposer sa TVA prétendument sociale ?

Pour élever le débat, comme l'Humanité le propose aujourd'hui en décryptant « cartes sur table » quelques-unes des propositions importantes des principaux candidats, il faut savoir dire : « Assez ! » Assez des postures, des manoeuvres, des effets d'annonce, des mensonges, des occupations médiatiques, assez du feu nourri des communicants qui nourrissent la lepénisation des esprits ! L'agenda idéologique actuel, où voisinent démagogie et populisme, mensonges et serviabilité aux pouvoirs de l'argent, ne sert qu'à la division et à l'atomisation de la République. Les Français méritent mieux et veulent mieux : un changement d'ampleur. De très grande ampleur.

(l'Humanité)

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