> Presse —> Délocalisation ou pas ? |
Jeudi 12 Janvier 2012 :
Délocalisation ou pas ? Industrie. Afin d'honorer un contrat pour Airbus. Aircelle, en plus de son usine du Havre, va faire appel à un site d'assemblage au Maroc. Inacceptable pour le député Jean-Paul Lecoq. Le député communiste et maire de Gonfreville-l'Orcher, Jean-Paul Lecoq, était intervenu sur le sujet lors d'une séance de l'Assemblée nationale en fin d'année. Suite à un contrat obtenu pour la fabrication de la nacelle du nouvel Airbus A 320 Neo, Aircelle, pour honorer ses engagements, fera appel en plus de son usine de Gonfreville à un autre site de production situé à Casablanca, au Maroc. Inacceptable pour le député qui a interpellé Nadine Morano, ministre chargée de l'Apprentissage et de la Formation professionnelle auprès du ministre du Travail. « Aircelle à Gonfreville est en capacité et a les compétences pour faire face à un pic d'activité. L'entreprise a toujours su le faire jusqu'à présent... L'A 320 est un très bon avion. Que Safran gagne de l'argent, OK, mais que ça se fasse localement, pas dans une zone à bas coût. Le Maroc n'est pas le premier pays acheteur d'Airbus, que je sache ! Lorsqu'on parle de réindustrialisation la France, il faut passer aux actes à un moment donné », estime le parlementaire qui n'hésite pas à parler de délocalisation. Côté direction, on rappelle qu'en 2011, Safran a investi près de 300 millions d'euros dans ses ateliers en France. « L'aéronautique est un secteur international par définition... Il était vital d'emporter ce marché avec un objectif de croissance. Il a fallu démontrer que nous avions les capacité industrielle pour emporter ce contrat car il faudra monter en puissance rapidement. C'est un programme important qui nous fait entrer dans la cour des grands, celle des intégrateurs de nacelle », explique Michel Demmeulin, vice-président des ressources humaines chez Aircelle. Le responsable évoque une production en « double source sécurisée » au Havre et au Maroc, condition pour honorer les commandes d'Airbus et faire face a une grosse charge de travail. « En France Le Havre est le seul site d'assemblage. C'est le site de démarrage de cette production. Mais il fallait en trouver un autre. L'usine de Casablanca qui existe depuis six ans est compétitive. Elle produit déjà des éléments de l'actuel A 320. Nos huit usines à travers le monde concourent à la stabilité du Havre. En 2011,192 emplois ont été créés sur nos sites de Toulouse, Plaisir et Gonfreville. Ce dernier représente à lui seul les deux tiers du recrutement », ajoute le vice-président. La phase de production en série devrait démarrer à l'horizon 2017. Aircelle a d'autres nouveaux programmes qui viennent s'ajouter à l'A 320 Neo. Il s'agit notamment du Comac C 919, un avion monocouloir de plus de 100 places, ainsi que le Bombardier Global 7000-8000, un avion d'affaires à long rayon d'action. F. H. Un syndicat inquiet pour l'avenir Emmanuel Sampietro est secrétaire du syndicat CGT chez Aircelle à Gonfreville-l'Orcher. Il rappelle qu'aujourd'hui, le site emploie 1 480 salariés dont 500 personnes en production, auxquelles viennent s'ajouter 150 intérimaires. La CGT déplore au passage l'utilisation d'un « intérim permanent ». « Depuis plusieurs années, nous gagnons des marchés. Depuis cinq ans, les programmes qui sont développés à Gonfreville partent ensuite au Maroc. La direction nous a expliqué que nous étions là pour développer », explique-t-il. Le secrétaire du CE, Ali Talmat, rappelle, quant à lui, que 80 % de l'embauche concernent les cadres et les ingénieurs. « On embauche peu en production. Il y a un vrai risque qu'à l'avenir, le site du Havre ne se charge que des études et du développement. La production, elle, se ferait dans des pays à bas coût comme au Maroc. Il y aurait des incidences sur les effectifs, sur le personnel », s'inquiète Emmanuel Sampietro. Le syndicaliste indique que l'assemblage de la nacelle de l'A 320 Neo se fera à 50 % au Havre, l'autre moitié étant traitée à Casablanca. « L'entreprise gagne de l'argent. Mais y a-t-il un vrai gain pour l'emploi ? On peut se poser la question lorsqu'on voit le taux de chômage a 11,9 % au niveau local... La démarche de notre groupe, c'est l'externalisation », insiste Ali Talmat. Le responsable explique au passage que l'État est actionnaire à hauteur de 30 % dans le groupe Safran auquel appartient Aircelle. « À l'heure où l'on parle de made in France, de réindustrialisation du pays, l'État ne tient pas son rôle. » Les syndicalistes expliquent qu'aujourd'hui le gros de la production d'Aircelle concerne l'A 380 et l'A 320. « On tourne à 120 nacelles par an. La production représente six ans d'activité. Le Neo va arriver à ce moment-là pour faire la charnière. Mais malgré un marché porteur, nous ne sommes pas sur du développement de l'emploi. » La CGT a interpellé les élus pour faire part de ses craintes. « Le député PC Jean-Paul Lecoq, le maire d'Harfleur PC François Guegan et le député UMP Daniel Fidelin nous ont répondu. Par contre, nous n'avons eu aucune réponse d'Édouard Philippe, le maire du Havre et président de la Codah, ni d'Alain Le Vern, le président de la Région. » Au sein de l'entreprise, la CGT a lancé un droit d'alerte sur le schéma industriel de l'A 320 Neo. F. H. (Havre libre)
|