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Mercredi 11 Janvier 2012 :
Éditorial Des voix pour la démocratie Par Patrick Apel-Muller À chaque épisode social ou politique qui voit les électeurs consultés et les citoyens mobilisés, une même uniformité ensevelit l'univers médiatique. Des armées d'experts qui pensent peu ou prou la même chose et ergotent sur des détails se succèdent sur les écrans, un quarteron de journalistes choisis dit au micro ce qu'il faut penser et les invités sont filtrés dans tous les studios pour qu'un seul son de cloche se fasse entendre, étouffant ceux qui carillonnent l'alarme. Le référendum de 2005, puis la réforme des retraites ou l'imposition de l'austérité, aujourd'hui les élections, en apportent l'illustration. Qui déroge à la pensée réglementaire est alors assimilé aux conservateurs les plus extrêmes par des tours de passe-passe idéologiques. Une terrible pression économique s'exerce sur les médias, détruisant des titres parmi les plus connus, soumettant d'autres à la loi d'actionnaires venus du monde des affaires et qui en veulent pour leur argent. Certaines insolences journalistiques sont payées cher par leurs auteurs – particulièrement quand elles froissent le Château ou dérangent de puissants intérêts – tandis que le cancer de la précarité s'étend, imposant de la docilité aux plumes. Des technocrates dessinent les schémas de l'information dont ils rêvent : pour le plus grand nombre, les journaux gratuits, tout au service des annonceurs ; pour des élites, une presse quotidienne choisie ; pour le pluralisme, quelques sites perdus dans l'immensité de la toile numérique sous l'ombre de quelques mastodontes. L'ordre politique et économique dominant se défend ainsi. La liberté de confronter les opinions devient un péril quand la globalisation capitaliste tourne au chaos et que l'impasse se voit, où le système s'enferre. « Il n'y a que les classes en décadence qui ont peur de toute vérité », écrivait Jean Jaurès dans son éditorial fondateur de notre journal. La maîtrise de la plupart des médias ne suffit pas toujours à assurer l'enrôlement des esprits. Les grands élans citoyens savent trouver des vecteurs d'information et d'échange qui contournent les barrages. L'Humanité est de ceux-là, le seul dans la presse quotidienne à s'émanciper du consensus libéral. Peu à peu, l'opinion ajoute à sa défiance croissante à l'égard de l'information l'exigence d'un vrai pluralisme qui ne soit pas réduit à des débats de façade opposant trop souvent des complices. La sortie des Nouveaux Chiens de garde témoigne de cette colère et de cette exigence qui constituent un pilier nécessaire à toute démocratie, à l'égard de la liberté de voter, d'adhérer au parti politique de son choix, de faire grève et de s'exprimer sans bâillon. La complexité des choix dans nos sociétés, le besoin de faire primer les solidarités sur les rivalités, de penser le local et le planétaire réclament des citoyens disposant d'informations étendues et de points de vue contradictoires. Le combat pour une information libérée est d'une actualité aiguë dans cette campagne présidentielle où les candidats prêchant l'austérité sont privilégiés, un jour mettant Bayrou à la une, un autre favorisant Marine Le Pen, mais minorant toujours les sensibilités de la gauche de transformation, comme en témoignent les temps d'intervention publiés par le CSA, sans grand émoi de sa part cependant. Pour cela, les démocrates, les syndicalistes, les partisans du Front de gauche, les militants associatifs disposent notamment de l'Humanité. Ce journal, écrivait encore Jaurès le 18 avril 1904, « donne au contraire aux coups portés contre le préjugé, l'injustice et le mensonge une force décisive ». (l'Humanité)
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