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Vendredi 6 Janvier 2012 :
Éditorial L'opinion a débusqué l'arnaque Par Jean-Paul Piérot Le désaveu est cinglant, le refus massif. Le sondage réalisé par l'institut CSA pour l'Humanité donne une idée de l'accueil que reçoit dans tout le pays la résurgence du serpent de mer de la bien mal nommée TVA « sociale ». Quelque 64 % des personnes interrogées sont hostiles à la décision annoncée mezzo voce lors de ses voeux par le chef de l'État, puis martelée par les ministres qui se sont succédé devant les micros tendus en leur direction par les responsables des médias audiovisuels pendant quarante-huit heures sur l'air de « mettez-vous bien ça dans le crâne ! ». Et malgré ce matraquage aux allures de préparation d'artillerie avant l'assaut, malgré les noms euphorisants dont la mesure a été parée (TVA « sociale » TVA « antidélocalisations »)... l'arnaque ne passe pas la rampe. La voix des bateleurs ne trompe plus grand monde. Et même s'il convient de tenir compte des marges d'erreurs inhérentes à toute enquête, l'écart est suffisamment grand pour dissiper les doutes. Les Français, au-delà de leurs préférences politiques, ne veulent pas de cette mesure inique. L'enfumage ne fonctionne pas. Nicolas Sarkozy a eu beau, dans son discours de Toulon le mois dernier, puis dans ses voeux télévisés, agiter les peurs, brandir la crise comme un argument pour faire renoncer le monde du travail aux acquis sociaux et civilisationnels du XXe siècle, rien n'y fait. Pour une raison simple, derrière les mots compliqués, les diagnostics abscons, les leçons d'austérité délivrées par des gens qui ne mènent pas un train de vie très austère, l'intelligence collective des citoyens a débusqué le sens de la TVA « sociale ». Alors que depuis la Libération, la protection sociale est supportée par une partie de la richesse créée par le travailleur lui-même, donc qui lui est due, comme un salaire différé, le projet de Nicolas Sarkozy vise à offrir ce fruit du travail au patron, après en avoir spolié le salarié et à faire financer la protection sociale par un impôt, de surcroît le plus injuste, sur la consommation... Soyons justes, l'idée ne vient pas de Nicolas Sarkozy, elle est réclamée depuis toujours par le grand patronat, auquel le président des riches n'a rien à refuser. L'opinion a compris également qu'en augmentant la TVA une nouvelle fois, le gouvernement enfoncerait encore davantage notre pays dans la récession, conséquence d'une sous-consommation dans les larges couches de la population. Pourquoi le président candidat non encore déclaré remet en scène la TVA « sociale », dont l'impopularité est avérée de manière si éclatante ? Pour s'acquitter de sa mission auprès du monde des affaires pendant qu'il est encore temps ? Peut-être espère-t-il qu'une alternance politique au printemps prochain ne remettrait pas en cause les contre-réformes perpétrées par la droite. Force est de déplorer que, dans le passé, nul retour en arrière conséquent imposé par une majorité de droite n'a été aboli par le PS une fois revenu aux affaires. C'est précisément pour que la gauche gagne en crédibilité puis ne retombe pas dans ces ornières que le Front de gauche mène une campagne avec les citoyens de gauche, le monde du travail, autour de deux thèmes simples, que son candidat Jean-Luc Mélenchon désigne ainsi : « Résistez et prenez le pouvoir », en d'autres termes la lutte et la démocratie. Et quand les femmes et les hommes s'en mêlent, qu'ils se réunissent chaque jour dans des centaines d'assemblées citoyennes, cela peut changer la donne et être ainsi fort utile à la gauche. Le souvenir de la campagne référendaire sur l'Europe libérale en 2005 est toujours vivant : le peuple de gauche peut renverser la table des puissants. (l'Humanité)
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