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Mercredi 4 Janvier 2012 :

 

Éditorial

Maintenant, où est le changement ?

Par Patrick Apel-Muller

Ses amis commençaient à s'inquiéter. Soucieux de donner du temps au temps, le candidat socialiste donnait l'impression de perdre le sien. En ce début d'année, il presse le pas et s'offre la une et six pages de Libération, en publiant une « adresse aux Français ». Le réquisitoire prévisible des cinq ans de Nicolas Sarkozy est au rendez-vous : une «présidence de la parole et, lui, le président des privilégiés ». Mais alors que François Hollande assure que « l'élection présidentielle sera le moment de la confrontation démocratique, celles des idées, des projets, des visions de la France », les propositions alternatives ne sont pas au rendez-vous. Ce texte comporte plus de creux que de déliés, plus de silences que de coups d'éclat.

En revanche, comme en écho aux prêches de François Fillon en faveur de l'austérité, François Hollande martèle le besoin « d'efforts considérables » - « à condition qu'ils soient partagés » - et se prétend animé, comme Nicolas Sarkozy lors de ses voeux, par un principe de « vérité » : « Je ne serai pas le président qui viendra devant vous six mois après son élection pour vous annoncer qu'il doit changer de cap, qui reniera ses promesses faisant mine de découvrir que les caisses sont vides. » Que peut-on attendre alors comme changements dans la vie quotidienne ? Des augmentations de salaires significatives, le retour du droit à la retraite à soixante ans pour tous, la relance des services publics avec les embauches nécessaires, le maintien et l'extension de la protection sociale... ? De cela, rien n'est dit, sinon estompé dans la brume des bonnes intentions. Le candidat socialiste prend cependant le pouls de l'opinion et de sa lassitude à voir appliqué « un programme décidé ailleurs ou dicté par les marchés financiers ». Il lance même : « Oui, nous pouvons, même dans une économie mondialisée, maîtriser notre destin. » Mais, lui qui les a soutenus, n'ose pas remettre en cause les traités européens ultralibéraux conçus comme autant de camisoles libérales pour entraver les peuples. Il est même aujourd'hui débordé sur sa gauche par Michel Rocard, qui réclame que la BCE rachète la dette des États grâce à des prêts à intérêts quasi nuls.

François Hollande est bien en campagne et sa présence hier soir au journal télévisé de France 2 l'à confirmé. Mais on perçoit son embarras pour définir en quoi ses choix rompraient avec les politiques conduites par les conservateurs ou les sociaux-démocrates ailleurs en Europe. Criante illustration de cet inconfort, la prestation de son porte-parole, Manuel Valls sur la « TVA sociale ». Il la réclamait à grands cris lors de la primaire socialiste ; il lui faut la condamner aujourd'hui... Il faut une grande souplesse aux jointures. Cette difficulté à s'ancrer franchement du côté des intérêts populaires rend dubitatif une grande partie de l'électorat de gauche et présente une cible facile à la droite. Il convient à cet égard de réserver un sort particulier à Jean-François Copé, déversant des seaux d'insultes et faisant du candidat PS l'incarnation de « la couardise en politique ». Pour un homme qui après quelques ruades, s'est laissé domestiquer et seller par le maître de l'Élysée, la réflexion ne manque pas de sel. Elles souligne dans quels marigots le débat présidentiel pourrait s'embourber s'il n'opposait pas un projet qui rende au travail une bonne partie des richesses accaparées par le capital, notamment financier, à l'entreprise de remodelage ultralibéral de notre société.

Heureusement que la candidature de Jean-Luc Mélenchon offre la possibilité d'affirmer une perspective de gauche et de créer un rapport de forces favorable au monde du travail. Ce projet grandit dans une multitude de rencontres, autant de ruisseaux qui convergent.

(l'Humanité)

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