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Mardi 3 Janvier 2012 :
Éditorial De l'irresponsabilité sociale Par Paule Masson Travailler plus. Et payer plus. Voilà ce que nous réserve Nicolas Sarkozy pour 2012. Le « travailler plus », on connaît. Au passage, le président est devenu taiseux sur l'autre partie du slogan qui l'avait fait gagner en 2007, la promesse de « gagner plus ». Et pour cause ! Le chef de l'État a ressorti de son chapeau la « TVA sociale », sans oser la nommer vraiment, une mesure qu'il avait dû remballer juste après son élection de 2007, l'UMP ayant calculé qu'elle avait coûté une cinquantaine de sièges à la droite lors des législatives qui avaient suivi. L'opinion publique avait déjà saisi l'entourloupe : il s'agissait, sous prétexte de lutter contre les délocalisations, d'opérer un transfert du financement de la protection sociale vers l'impôt le plus coûteux pour les familles, particulièrement les plus modestes, celui qui taxe la consommation, la TVA. Cinq ans plus tard, la crise dont il faudrait, nous rabâche-t-on, prendre « la mesure de la gravité », sert d'alibi pour tenter une nouvelle offensive. En plaçant la nécessité d'instaurer une « TVA sociale » sous le sceau de la fatalité, la famille libérale espère administrer un somnifère à la contestation sociale. Le bon remède au retour de la croissance commanderait, assure Sarkozy, « d'alléger la pression du financement de la protection sociale sur le travail », il s'agit ni plus ni moins de baisser encore le « coût » du travail pour satisfaire les desiderata du patronat ! Le Medef a déjà fait les comptes, évoquant un scénario où une diminution de 7,5 % des cotisations employeurs amènerait la TVA à être portée de 19,6 % à 25 %. Pour qui fait de la non-augmentation des impôts une ligne politique, il fallait y penser ! À l'entame de 2012, il est une certitude en tout cas, Nicolas Sarkozy continue de servir ses amis du Fouquet's. Pour qui se préoccupe vraiment d'intérêt général, la TVA sociale est un non-sens économique. Rien ne sert d'agiter la peur des délocalisations, argument qualifié hier par Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche, de « mauvaise plaisanterie ». Avec un différentiel sur le coût du travail entre la France et des pays émergents qui peut aller de 1 à 30, il faudrait augmenter la TVA de 300 % ! Et puis, dans un pays où la consommation des ménages est un moteur essentiel de la croissance, ponctionner encore le pouvoir d'achat de l'ensemble de la population relève de l'irresponsabilité sociale. Car, il faut en être sûr, dans ce monde assoiffé de rentabilité, les marges financières dégagées par les entreprises avec la baisse des cotisations sociales n'iraient renflouer ni les salaires ni l'emploi. Laurence Parisot a déjà prévenu. Mi-novembre, la patronne des patrons déclarait : « Il faut laisser la liberté d'utiliser les marges de manoeuvre. » Si récupérer la manne des milliards d'euros placés dans la caisse commune de la Sécurité sociale est un rêve de patron, cela serait à coup sûr, pour les salariés, une vertigineuse descente aux enfers. L'instauration d'une « TVA sociale » porte en germe la fin d'une idée généreuse, née dans les pires conditions économiques, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cotiser selon ses moyens, recevoir selon ses besoins, c'est ce modèle qu'il faut défendre. Non pas pour plaider le statu quo. Pour le financer dans les conditions d'aujourd'hui. La cotisation sociale, c'est le choix de la solidarité, d'un partage des richesses créées favorable aux salariés. Or, de ce côté, il y a beaucoup d'argent à récupérer puisque, depuis vingt ans, la ponction exercée par les revenus financiers sur les richesses produites relève de l'indécence. (l'Humanité)
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