> Presse —Feu sur les allocataires sociaux ! |
Mercredi 10 Août 2011:
Feu sur les allocataires sociaux ! À la suite du député UMP Mariani, le ministre du Travail, Xavier Bertrand, reprend l'idée d'un fichage généralisé des bénéficiaires de la protection sociale, tous suspectés de fraude. Haro sur les pauvres, tous fraudeurs en puissance ! La droite n'en finit pas d'exploiter ce nauséabonde filon. Quelques mois après la sortie du ministre Laurent Wauquiez qualifiant le droit au RSA de « cancer » de l'« assistanat », le député UMP Thierry Mariani, chef de file de la Droite populaire, groupe chargé de la drague de l'électorat FN, appelait de ses voeux, dimanche, la mise en place d'un « fichier généralisé des allocataires » sociaux, au motif de lutter contre la fraude. Quelques heures plus tard, le ministre du travail, Xavier Bertrand, saisissait la balle au bond, se disant « tout à fait d'accord avec Thierry Mariani ». Si elle connaît un regain dans cette période préélectorale, cette thématique n'est pas nouvelle dans l'arsenal de la droite sarkozyste. Dès 2007, Nicolas Sarkozy avait réclamé de son gouvernement une « efficacité accrue de la lutte contre la fraude ». Chômeurs, salariés en arrêt maladie, bénéficiaires des allocations familiales, du RSA... Tour à tour, toutes les catégories d'assurés sociaux ont été épinglées par le discours populiste. Une campagne qui n'a cessé de gagner en intensité, tandis que le gouvernement, tout à la fois, multipliait les cadeaux aux nantis et étalait son impuissance à assurer le financement de la protection sociale. Lancée dès 2006, l'idée d'un fichage généralisé des allocataires a pris corps fin 2009, par la voie d'un décret instituant la création d'un Répertoire national commun de la protection sociale (RNCPS), qui, selon Xavier Bertrand, devrait être « opérationnel d'ici à la fin de l'année ». Grâce à des connexions entre les fichiers existants, ce nouveau mégafichier devrait regrouper, pour chaque individu, quantité de données personnelles, à la fois sur l'état civil, sur les affiliations aux régimes de protection sociale, sur les prestations servies (maladie, maternité, retraite, allocations familiales, allocations chômage, etc.). « Ni justifiable, ni tolérable » Pas moins d'une soixantaine d'organismes alimenteront ce Big Brother, auquel pourront accéder de nombreux acteurs, de la protection sociale mais aussi des services fiscaux, des collectivités locales et territoriales. « Si les fraudeurs patentés doivent être démasqués », cette mise en fiche de la vie personnelle de « millions de citoyens, non fraudeurs a priori, n'est ni justifiable ni tolérable dans un pays qui se veut et se dit démocratique », avaient réagi les administrateurs CGT des caisses de Sécu. Indécente, cette orchestration de la stigmatisation des allocataires sociaux est aussi infondée, sachant que, en matière de protection sociale, selon le rapport d'un député UMP, Dominique Tian, la fraude est bien moins le fait des assurés (entre 2 et 3 milliards d'euros de prestations indues) que des entreprises (entre 8 et 15,8 milliards de cotisations sociales non versées). Mais « le gouvernement fiche les premiers, ignore les seconds », tacle Benoît Hamon, du PS. « Luttons contre la délinquance en col blanc avant de ficher nos concitoyens comme des voleurs », réclame Jean-Michel Baylet, du PRG. Tandis que le président du Nouveau Centre, Hervé Morin, se pense obligé de prendre ses distances avec ses amis de l'UMP en affirmant que « ficher les plus pauvres à des fins électoralistes ne saurait être une réponse à la détresse de millions de personnes honnêtes qui aspirent avant tout à sortir de la spirale de l'exclusion ». Yves Housson (source l'Humanité)
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