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Samedi 6 Août 2011:

 

L'agonie des éleveurs dans le centre du Kenya

Environ trois millions de Kényans sont affectés par la sécheresse. Dans la région de Garbatulla, les éleveurs aux troupeaux décimés errent en quête de nourriture.

Les huttes sont dans les arbres. À Garbatulla, région pastorale du centre est du Kenya, les villageois ont suspendu entre les branches leurs maisons de paille en forme d'igloo pour les protéger, en leur absence, des prédateurs. Victimes de la sécheresse qui décime leur bétail, après deux saisons des pluies médiocres, les familles d'éleveurs qui tirent leur nourriture de leurs troupeaux de vaches ou de chèvres, sont parties à la recherche de pâturage. Mais ils tournent en rond. Autour d'eux, tout est sec. Les carcasses d'animaux s'empilent. Les arbres, épuisés, se cassent.

Trois millions de kényans, essentiellement dans le nord, souffrent de faim. À la frontière avec la Somalie, le pays a ouvert le camp de réfugiés de Dadaab, le plus grand au monde, avec 400 000 personnes, aux Somaliens qui fuient la famine et la guerre. À Garbatulla, il n'y a pas de camp. Très peu peuplée, isolée, dénuée d'axes de communication, cette région illustre l'une des tragédies qui frappent en silence le Kenya : la mort à petit feu des familles d'éleveurs. Sans ressources après avoir vu mourir une à une leurs bêtes, ils n'ont pas les moyens de se payer des denrées que l'on trouve dans certains marchés. Ils dépendent totalement de l'aide humanitaire.

L'association Action contre la faim (ACF) sillonne la région à l'aide de cliniques mobiles. Selon une étude de l'ONG, réalisée en mai dernier, le taux de malnutrition aiguë chez les enfants est passé de 14 % à 20 % par rapport à septembre dernier. Une autre enquête est en cours. Christina Lionnet, venue du siège parisien d'ACF renforcer les équipes locales, a été marquée par sa rencontre avec une mère qui a assisté, impuissante, à la mort de sa petite fille de deux ans. « Ils ont marché pendant cinq jours et cinq nuits à la recherche de pâturages. La sécheresse est tellement étendue, qu'ils ne savaient plus où aller », raconte-t-elle, jointe par téléphone. « Au cours de leur périple, ils ont traversé un parc national. Mais ils ont dû partir car leur présence n'était pas autorisée. Lorsque ACF les a repérés, la petite fille vivait encore. Mais il était trop tard », ajoute-t-elle.

Pour l'humanitaire, il faut déjà penser à l'après-urgence, créer des retenues d'eau de pluie, penser à la reconversion des éleveurs qui ont perdu leur cheptel ou leur permettre de le reconstituer. « Si on ne s'occupe pas de front de l'urgence alimentaire et de la prévention, on aura une nouvelle crise dans un ou deux ans », prédit-elle.

Rosa Moussaoui

(source l'Humanité)

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