> Presse —Immigration : Les quatre mensonges de Guéant |
Vendredi 27 Mai 2011:
Non aux clichés xénophobes de l'UMP ! 1 La France est submergée par les flux migratoires Faire trembler les citoyens avec les flux migratoires incontrôlés qui menaçaient d'arriver en France après les révolutions arabes n'était pas suffisant pour Nicolas Sarkozy. Il est « de bon sens », pour le chef de l'État, de poser aussi « la question de l'immigration légale », « avec (nos) difficultés à fournir un travail à tous (nos) nationaux, et un chômage à 23 % pour les étrangers non communautaires ». Mensonges. Selon l'Institut national d'études démographiques, le nombre d'étrangers en France n'a cessé de baisser, pour s'établir à 5,8 % de la population. Des chiffres inférieurs à ceux de l'Allemagne ou de l'Espagne, où l'immigration est pourtant bien plus récente qu'en France. Quant aux 20 000 Tunisiens passant la frontière à Vintimille, ils ont suscité maintes affabulations, alors qu'ils ne sont qu'une faible minorité comparés aux 60 000 réfugiés provisoires de l'ex-Yougoslavie accueillis par les États européens dans les années 1990, ou aux 130 000 boat-peoples arrivés dans l'Hexagone à la fin des années soixante-dix. 2 La France n'a pas besoin de maçons étrangers En ciblant l'immigration par le travail, Claude Guéant recycle le vieux refrain frontiste : « Y nous piquent nos boulots », soigneusement nappé d'un coulis d'immigration « choisie ». Objection ! Malgré un taux de chômage attisé par la crise, les postes non pourvus continuent à fleurir. Les « offres valables d'emploi », pourtant si difficiles à refuser, n'y ont rien changé : entre 300000 et 600000 postes sont invariablement boudés par les Français. Ce sont les fameux métiers dits « sous tension », au premier rang desquels trônent la restauration... et le BTP. Des jobs physiques, à horaires décalés et payés au lance-pierre. On comprend aisément que ceux qui ont le choix ne se bousculent pas au portillon, au nom de la sacro-sainte valeur travail. Le constat a beau être cynique, il prouve qu'il n'existe pas de concurrence entre nationaux et étrangers sur ce plan. D'autant que, sur les 20000 immigrés ayant obtenu un titre de séjour par le biais de leur activité professionnelle en 2009, seuls 16 % sont des ouvriers ou des employés non qualifiés, ces emplois étant davantage prisés par les ressortissants européens qui, eux, n'ont pas besoin de permis de travail.
« Il y a un certain nombre de mesures sociales, dont peuvent bénéficier les immigrés, que nous ne pouvons pas financer », estime Jean-François Copé. Mais, en réalité, l'immigration, c'est tout bénef ! Jeunes, avec peu de dépenses de santé et des taux de chômage moins importants que les autochtones, les étrangers travaillant en France rapportent 12 milliards d'euros à la Sécurité sociale, d'après une étude de l'université de Lille-II de juillet 2010. Privés de la nationalité, ils ne peuvent pas bénéficier des allocations familiales. Au lieu de s'interroger sur les coûts des immigrés, la droite ferait mieux de se pencher sur celui de sa politique migratoire. L'État consacre 394 millions d'euros chaque année à entretenir les centres de rétention. Une somme dérisoire à côté du demi-milliard d'euros dépensé pour assurer les 28000 reconduites à la frontière organisées en 2010, et qui coûtent près de 27000 euros chacune.
Des statistiques trafiquées pour mieux stigmatiser. « Les deux tiers des échecs scolaires, c'est l'échec d'enfants d'immigrés », a asséné le ministre de l'Intérieur, dimanche, sur Europe 1. Les deux tiers ? C'est l'OCDE et le rapport 2010 du Haut Conseil à l'intégration (HCI) qui le disent, affirme le ministère. Sauf que c'est faux. Selon l'OCDE, un quart des échecs scolaires, au maximum, sont susceptibles de concerner ces enfants, puisqu'ils ne représentent que 13 % des élèves soumis aux épreuves. Dans le rapport 2010 du HCI non plus, rien ne confirme cette statistique « pifométrique ». Certes, il y est dit que les élèves issus de l'immigration connaissent plus de difficultés (27 % d'entre eux préparent un bac général, contre 40 % pour les autres). Mais c'est la profession et le niveau d'études de leurs parents, plus que leur origine et les facteurs culturels, qui pèsent sur leur destin scolaire. D'ailleurs, à niveau social équivalent, les enfants d'immigrés, portés par une plus grande ambition, réussissent mieux, souligne le rapport. Pierre Duquesne, Flora Beillouin et Mehdi Fikri (source l'Humanité)
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