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Jeudi 26 Mai 2011:

 

Dans un puits sans fond, l'UE continue de chercher la lumière

Faute d'alternative à la domination des marchés financiers, les politiques de l'Union européenne (UE) ne permettent ni de réduire le chômage ni de sortir de la crise de la dette.

Les manifestants de Puerta del Sol à Madrid réclament une autre politique. Ils ne sont pas seuls. En un mois, on a compté pas moins de trois grèves générales : en Grèce, au Portugal, en Italie. Et c'est sans compter les mouvements sectoriels. Près de 50 000 fonctionnaires ont manifesté à Prague samedi. Les dirigeants européens n'ont qu'une peur : ne plus être capables d'imposer l'austérité, la seule politique qu'ils conçoivent. On entend déjà s'inquiéter certains économistes : face à la défaite aux élections locales et à la contestation populaire, Madrid pourrait être tenté de relâcher la bride de l'austérité et s'éloigner de ses objectifs de réduction de la dette.

Les recettes libérales ne passent pas. L'austérité budgétaire attaque les plus démunis. La « modération » salariale irrite. Et le tout plombe la demande, donne une croissance atone qui rend bien difficile la réduction de la dette publique. Pas de quoi rassasier les marchés financiers. La note de la dette belge a été placée sous surveillance négative lundi par l'agence Fitch, après que Standard & Poor's eut fait de même avec celle italienne samedi.

Les décisions des agences ont eu par le passé pour effet de faire grimper les taux d'intérêt des emprunts d'État. La Grèce, le Portugal ou l'Irlande se sont trouvés étranglés, et on fini par réclamer une aide de l'Union européenne et du Fonds monétaire international. Cette dernière prend la forme d'un prêt accordé par le Fonds européen de stabilisation financière, créé l'an dernier. Mais les conditions d'accès ne diffèrent à peine de celles qu'imposent les marchés (austérité et taux élevés), avec les mêmes effets pervers sur l'activité économique. La Grèce a eu une croissance négative de – 4,8 % l'an dernier.

Une autre politique est nécessaire : une relance de la demande qui exclut toute baisse des salaires et la création d'emplois qualifiés. Chômeurs ou surqualifiés pour leur poste, les jeunes diplômés de Puerta del Sol expriment ce besoin d'alternative.

Le Parti de la gauche européenne (PGE) cherche à émanciper le financement de la dette des États de la domination des marchés financiers. Cette organisation, à laquelle adhèrent les forces du Front de gauche, suggère la création d'un Fonds de développement social qui prêterait aux États à des taux très bas, bien inférieurs à ceux du marché, en ayant recours à la création monétaire de la Banque centrale européenne. Le prêt serait accordé à condition que l'argent serve au développement des services publics, à des investissements publics créateurs d'emplois et d'infrastructures, qui favorisent la formation et la recherche, et qui protègent l'environnement. L'exact contraire des politiques récessionnistes actuelles.

C'est une question de respect des salariés, et surtout la condition d'une politique économique efficace. Car en attendant, l'Union européenne va dans le mur. La crise de la dette des États pourrait avoir des effets dévastateurs pour les banques – notamment françaises, allemandes, grecques, portugaises – qui disposent dans leurs coffres de beaucoup de titres grecs ou portugais. Comme en 2008, les banques pourraient ne plus se faire confiance, cesser de se prêter entre elles et de faire crédit aux entreprises. Cette fois-ci, les États n'auront plus les moyens de renflouer leurs caisses.

Gaël De Santis

(source l'Humanité)

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