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Mercredi 25 Mai 2011:

 

Radars : marche arrière en quatrième vitesse

Les députés UMP inquiets pour leur réélection contraignent François Fillon au recul avec l'appui de l'Élysée. Le démontage de la signalisation des radars fixes sera soumis à concertation locale.

Guéant branche son radar de recul : le démontage des panneaux signalant les radars fixes est suspendu jusqu'à « concertation locale », a déclaré le ministre de l' Intérieur, proche de Nicolas Sarkozy. C'était hier, en fin de matinée. Il y a quelques jours, il avait tenté d'apaiser la majorité avec l'invention des radars dits pédagogiques. Hier matin, le premier ministre, François Fillon, avait assuré qu'il n'en serait rien, que les radars sanctions – aussi surnommés radars tirelires – ne seraient plus annoncés par des panneaux situés en amont du contrôle de vitesse : « Le gouvernement ne reviendra pas sur la fin de la signalisation systématique des radars. »

François Fillon recule

Il n'en faut pas plus pour lancer une nouvelle histoire de communication. Celle d'une fronde d'une partie des membres de l'UMP, et notamment des députés contre François Fillon, au bénéfice d'un président de la République redevenu fréquentable. L'affaire avait rebondi lundi soir. Quelque soixante-treize députés, dont de nombreux appartenant à la mouvance de la Droite populaire, interface entre le FN et l'UMP, avaient signé une lettre adressée au premier ministre. Ils lui faisaient part « de la profonde exaspération exprimée » par « des milliers » d'électeurs contre les nouvelles mesures censées faire diminuer le nombre d'accidents routiers. Le moment avait été choisi avec soin. « À l'heure où les yeux du monde sont braqués sur l'ancien directeur général du FMI, les Français semblent de plus en plus agacés du comportement de leurs élites et notamment des politiques », déclarent-ils. Selon eux, « les milliers de courriels condamnant les décisions du comité interministériel sur la sécurité routière du 11 mai en sont la preuve flagrante ». Et de regretter « l'absence de concertation ».

Dans le même ordre d'idée, Bernard Accoyer, président UMP de l'Assemblée nationale, avait annoncé, mardi, l'installation d'une mission d'information sur « les causes des accidents de la route et la prévention routière ». François Baroin, porte-parole du gouvernement, avait assuré, hier matin, que « les dispositifs ne sont pas fragilisés par une quelconque initiative parlementaire » et que « le gouvernement sera sans faiblesse ». Réponse de Christian Jacob, successeur de Jean-François Copé à la présidence du groupe UMP : « Les élus mécontents n'ont pas tort. » Il appelait à reprendre « le chemin de la concertation ». Claude Guéant : « Il n'y aura pas un radar démonté de plus avant concertation locale. Il y aura toujours un radar pédagogique (qui indique simplement la vitesse de l'automobiliste – NDLR) avant un radar fixe, mais il y aura aussi des radars pédagogiques qui ne seront pas suivis de radars fixes. »

La conclusion provisoire appartient à la députée UMP Chantal Brunel : « Il y a des sujets plus importants à traiter dans notre pays que celui des radars (…) Ce débat n'est pas bon pour le gouvernement. » Ni pour la réélection des députés UMP ? Reste deux observations : cela a divisé les Français, du pain bénit pour l'Élysée et pour l'UMP, où l'on annonce par ailleurs une convention sur l'immigration, en juin ; mais cela a-t-il réussi à faire oublier l'abandon de l'ISF pour les plus riches ?

Dominique Bègles

(source l'Humanité)

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