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Vendredi 8 Avril 2011:

 

Europe : que ferait la gauche ?

Par Francis Wurtz (1)

Aujourd'hui, nous nous opposons frontalement à Nicolas Sarkozy sur sa politique européenne en général et son « pacte » diabolique avec Angela Merkel en particulier. « Mais que ferait la gauche à ce sujet si elle était élue en 2012 ? » nous interroge-t-on parfois ces temps-ci. Voilà, en effet, une grande question à mettre en débat parmi nos concitoyens et concitoyennes, en plaçant tous les partis et acteurs concernés face à leurs responsabilités.

Je ne vise pas, disant cela, une petite polémique politicienne facile, pour « marquer un point » (virtuel) contre un concurrent électoral. Non : la question est beaucoup plus sérieuse ! On le sait : sous la houlette des plus puissants d'entre eux, les dirigeants européens ont mis sur les rails un programme d'hyperaustérité, de régression sociale et d'atteinte grave à la souveraineté populaire, appelé « pacte pour l'euro » ou « gouvernance économique ». Il faut absolument le mettre en échec ! La question est dès lors : comment faire pour que les échéances, présidentielle et législatives de 2012 soient utiles pour atteindre cet objectif ? Ce défi interpelle toutes les forces de gauche.

C'est le cas du PS, puisque tous les partis socialistes au pouvoir en Europe acceptent jusqu'ici les politiques d'austérité comme un choix inéluctable. Mais au-delà du PS, le problème essentiel posé à toute la gauche est qu'une majorité d'Européens, pourtant profondément hostiles à ces mesures, ne voient pas comment faire pour faire changer de cap à cette satanée Union européenne. Voilà le premier obstacle à lever. Et c'est possible. Dans le contexte actuel (huit grèves générales en Grèce : mobilisations sans précédent depuis l'instauration de la démocratie au Portugal ; défaite historique de l'ex-gouvernement « modèle » en Irlande ; manifestation monstre à Londres, inconnu depuis l'ère Thatcher ; reconnaissance officielle, à la Commission européenne, que « jamais le marché unique n'a été aussi impopulaire » ; annonce, inimaginable jusqu'ici, que la Confédération européenne des syndicats ne soutiendrait pas un traité européen intégrant cette « gouvernance européenne » qu'elle compare à une politique « coloniale » ; publication d'un Manifeste signé par 3000 économistes français se déclarant « atterrés » par l'actuelle politique européenne, etc.) imaginons l'effet qu'aurait dans nombre de pays l'initiative d'une gauche française victorieuse d'ouvrir le débat de fond sur ce qui ne peut plus durer en Europe et sur les changements à promouvoir ! Que les bouches s'ouvrent d'Athènes à Dublin et de Paris à Berlin !

Pourquoi ne pas tenter de faire grandir l'idée, jusqu'à la rendre très difficile à récuser y compris par la partie la plus timorée de la gauche, de la tenue d'une sorte d'états généraux du renouveau européen auxquels se seraient conviés organisations syndicales, mouvement associatif, représentants d'élus et de réseaux citoyens de toute l'Union européenne – le tout préparé, relayé et popularisé par l'Internet et les réseaux sociaux ? Créer, en pleine crise de confiance vis-à-vis de l'actuelle Europe, les conditions d'un tous-ensemble européen, à partir des puissantes luttes en cours et des multiples recherches de réponses progressistes aux problèmes de notre époque : une idée à creuser, à gauche !

(1) Député honoraire du Parlement européen

(source L'Humanité Dimanche)

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