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Dimanche 3 Avril 2011:
Sur 1000 salariés, 36 accidentés par an... Par Jean-Christophe Le Duigou (1) Santé et travail ne font décidément pas bon ménage. Chacun se souvient de la vague de suicides dans un certain nombre d'entreprises qui ont fait un certain temps la une des médias. Plus discrètement, la branche « accidents du travail-maladies professionnelles » de la Sécurité sociale vient de le démontrer en publiant ses résultats annuels. Certes, le chiffre global d'accidents du travail enregistrés est en baisse : 1,2 million en 2009 contre un peu plus de 1,3 million en 2008. Le MEDEF s'accroche à ce seul résultat : le nombre d'accidents du travail a diminué de 7,5 % en 2009. La baisse enregistrée est toutefois plus conjoncturelle que les années précédentes. Elle s'explique par deux phénomènes : le ralentissement de l'activité salariée dû à la crise, qui diminue le nombre de salariés en emploi, et une pression sans précédent des employeurs à la sous-déclaration des accidents. Malgré ces circonstances, on compte encore plus de 950 000 accidents du travail par an. L'« indice de fréquence », c'est-à-dire le nombre d'accidents du travail pour 1000 salariés, atteint encore le chiffre considérable de 36/1000 ! Les accidents du travail ont provoqué 538 décès en 2009. Mais le rapport insiste sur une autre réalité inquiétante. Il indique que « le nombre de maladies professionnelles stricto sensu augmente de plus de 8 % ». La tendance à la multiplication des maladies professionnelles est notable depuis 1999. Elle se renforce malgré une pratique intolérable poussant à la non-reconnaissance de ces affections. Le nombre de victimes, chacune pouvant avoir plusieurs maladies, croît de 5,1 % pour atteindre 45 000 malades. La croissance continue depuis 10 ans des troubles musculo-squelettiques, les fameux TMS, pathologies de l'hypersollicitation des muscles, tendons, ligaments ou nerfs, qui représentent 80 % de ces maladies professionnelles, explique en grande partie cette hausse. Un peu plus de 2 salariés sur 1000 sont aujourd'hui victimes d'une pathologie reconnue comme de type TMS. On comptait par ailleurs 1700 cancers professionnels reconnus en 2009, chiffre déjà important qui, malheureusement, sous-estime une réalité beaucoup plus alarmante. Ce sont les maladies professionnelles qui ont des conséquences les plus graves. Elles sont responsables du plus grand nombre de décès, avec 564 cas recensés en 2009. Les pathologies mortelles dues à l'amiante, comme les cancers liés à l'inhalation de poussière d'amiante, ont augmenté : 73 décès en 2009. Au XXIe siècle, plus que jamais, les femmes et les hommes usent leur santé au travail, vieillissent prématurément et ont une espérance de vie réduite à cause de leurs conditions de travail. Ce n'est pas tolérable. Depuis 30 ans, pour accroître la rentabilité, les entreprises ont mis une pression sans précédent sur les conditions de travail. Elles ont dévalorisé les qualifications, développé la précarité. Cette logique a touché toutes les dimensions de la vie humaine. Elle s'est concrétisée par des atteintes à la santé des salariés, à l'environnement. Elle a affecté la société tout entière. Le refus largement majoritaire des salariés du report de l'âge de la retraite porte l'ensemble de ces questions. L'idée de travailler dans ces conditions 2 ans de plus est insupportable, inacceptable. Ce n'est pas le travail qui est rejeté mais ses conditions d'exercice et les obstacles à pouvoir bien faire son travail et à s'épanouir. Il est urgent pour ces salariés qu'un dispositif de réparation leur permette de bénéficier d'une retraite équivalente à celles des autres salariés et en bonne santé. Mais il est aussi urgent de reconnaître le travail comme une dynamique émancipatrice et de développer des politiques de prévention et de transformation des situations de travail avec l'objectif du bien-être au travail. Revaloriser le travail, le mettre au service de la satisfaction des besoins humains fondamentaux, reconnaître les travailleurs, hommes et femmes, qui créent les richesses en mettant en oeuvre leurs capacités physiques et intellectuelles au service du développement de la société, est indispensable. C'est tout le sens du processus de mobilisation en cours sur ces revendications d'amélioration des conditions de travail et de lutte contre toutes les pénibilités. Il porte l'ambition de faire du travail et de sa protection non seulement un acquis social mais aussi un vrai « bien public ». (1) Économiste et syndicaliste. (source L'Humanité Dimanche)
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