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Mardi 26 Avril 2011:

 

Nicolas Sarkozy dépose son bilan

L'Élysée édite une brochure en forme d'éloge effarant et à contre-courant de l'action du chef de l'État depuis quatre ans, dans un but clairement électoral.

La France avance... mais pour qui ? En éditant une brochure de 76 pages sous cet intitulé culotté, consultable sur le site de l'Élysée, c'est surtout le président de la République qui prend de l'avance sur la campagne présidentielle. Non encore officiellement candidat à sa réélection, Nicolas Sarkozy dresse un bilan à contre-courant de son action à la tête du pays en précédant de quelques jours le quatrième anniversaire de son accession à l'Élysée. À contre-courant : tous les sondages d'opinion montrent en effet un président battant tous les records d'impopularité sous la Ve République, avec une courbe de satisfaits désormais sous la barre des 30 % pour la plupart des instituts. Dans les intentions de vote, Nicolas Sarkozy est régulièrement éliminé dès le premier tour de la prochaine présidentielle, au profit du PS et de Marine Le Pen, signe de l'éloignement du cœur même de son électorat de 2007.

Pourtant, l'Élysée fait mine de ne rien voir. Tout ne va certes pas pour le mieux, mais « depuis quatre ans et malgré la crise, la France avance », « se modernise et se transforme », affirme la brochure. Mieux : ces réformes, « les Français les ont attendues longtemps, prétend le document. Ils les ont choisies sans ambiguïté lors de la dernière élection présidentielle de 2007 » Un bilan indiscutable, donc, au premier sens du terme, que ce soit sur les sujets « de l'emploi, de la sécurité, de l'autorité et du pouvoir d'achat ».... Autant de thèmes sur lesquels les Français dressent pourtant le constat d'échec du président de la République. Il n'est qu'à consulter, pour s'en convaincre, les commentaires des lecteurs internautes du site du Figaro, journal acquis à sa cause : Jean-Pierre parle d'un « bilan lamentable » ; Gilles, «écœuré » ,déclare : « Ce sont toujours nous qui payons les pots cassés. » ; Sylviane résume le bilan « en quelques lignes : déficits publics grandioses, inégalité fiscale accrue, (…) Mise à mort de tous les services publics en général, gavage des riches et des potes de

Sarkozy »...

Au-delà du bilan, le document s'apparente à un programme électoral en égrenant les têtes de chapitres comme autant de slogans : « Protéger les Français », « Bâtir la France plus juste », « Construire une France

moderne », « Préparer l'avenir », « Faire respecter la voix de la France ». Avec une mention spéciale pour le volet « maîtriser l'immigration », inclus dans le chapitre « Protéger les Français ». L'immigration présentée comme une menace : la surenchère avec le FN continue.

Sébastien Crépel


Une série d'impasses pour afficher un solde flatteur

Sur les questions économiques et sociales, le président de la République enjolive son bilan grâce à de sévères omissions...

« Protéger les Français », s'intitule le chapitre d'ouverture du bilan annuel auto-satisfait de Sarkozy. Le pouvoir d'achat ? « Certes, il a été mis à mal par les difficultés de l'emploi et la hausse des prix des de l'énergie », doit convenir le document qui retient de l'Insee une hausse du pouvoir d'achat des Français selon un « panier » bien éloigné de la réalité. L'emploi ? Le document résonne par l'absurde en assénant que « sans les mesures prises par le gouvernement, la récession n'aurait pas été de – 2,6 % mais de – 4,8 %. La Sécurité sociale professionnelle, promise en 2007, est en route, jure le texte, puisque « 260 000 personnes ont pu être formées en 2010 » et que le reclassement des salariés licenciés a été amélioré, même si ce n'est pas le sentiment partagé dans les Ardennes où Sarkozy est revenu récemment.

Le document revient sur la réforme des retraites et le « sauvetage du système par répartition », de retour à l'équilibre « en 2018 », en passant sous silence le rendez-vous de 2013 introduit par un amendement au Sénat. Les services publics, étranglés par la RGPP ? Mais non, « si les agents publics sont un peu moins nombreux » - 150 000 de moins en cinq ans ! -, ils sont « mieux payés », donc tout va bien. À l'hôpital, les agences régionales de santé (ARS) « ont à leur actif une nette réduction des déficits », en fermant services ou établissements. Quant au chapitre sur la « démocratie irréprochable » qui fait silence sur l'affaire Woerth, pour ne prendre qu'elle, voyez ce « gouvernement limité à 15 membres ! » proclame le bilan... et « autant de ministres auprès de secrétaires d'État », car l'arithmétique est sévère. Enfin, le bilan annuel du sarkozysme récupère à son profit les révolutions du monde arabe, et jure de « faire avancer la paix » à coups de canon en Afghanistan, Côte d'Ivoire et Libye.

Lionel Venturini

(source l'Humanité)

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