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Mercredi 20 Avril 2011:

La prime Sarkozy fond au soleil

Le chef de l'État en visite dans les Ardennes a singulièrement restreint le périmètre de la prime annoncée. Elle ne concernera qu'une infime part des salariés.

Le patronat peut dormir tranquille, on sait depuis la visite de Nicolas Sarkozy dans les Ardennes hier que la déjà fameuse prime aux salariés sera parfaitement indolore et que peu de salariés en verront la couleur.

Car le président, revenu dans les Ardennes endosser le costume du président de la France qui se lève tôt, a encore resserré le dispositif annoncé par François Baroin au point de le vider de sa substance. « Quand il y a une prime pour les actionnaires il doit y avoir une prime pour les salariés », annonçait Sarkozy au début du mois. D'énoncé simple, le dispositif est devenu obscur. Dans les Ardennes, lors d'une visite dans l'usine La Fonte ardennaise, le chef de l'État a circonscrit le versement d'une prime aux grandes entreprises où il y aurait « une forte augmentation des dividendes ». Là est toute l'astuce : se fonder sur le dividende, et non sur les bénéfices. À ce train, même une entreprise comme Total échapperait à l'obligation de verser une prime : son conseil d'administration, en dépit d'un bénéfice net de 10 288 milliards d'euros l'an passé, a choisi de ne pas augmenter le dividende versé et de le maintenir à 2,28 euros par action. Pas de « forte augmentation » du dividende, pas de prime obligatoire aux salariés.

Pour le reste du tissu économique, le gouvernement s'en tient à un petit coup de pouce incitatif : dans les PME qui le souhaitent, le versement de primes sera exempt de cotisations sociales. Sauf que la plupart des salariés seront là aussi exclus du dispositif. Dans son rapport remis à Sarkozy en 2009 Jean-Michel Cotis pointait que seulement 16 % des PME verseraient des dividendes. Pas de dividendes, pas de prime.

Fini la prime annoncée de 1000 euros

Pourtant, la reprise économique est là, assure le président : « Quand il y a la reprise, j'affirme qu'il est normal que les salariés et les ouvriers à qui on a demandé des efforts pendant la crise bénéficient de la reprise. » Il a eu beau affirmer qu'il ne « cédera pas » sur la question, Nicolas Sarkozy capitule sur le pouvoir d'achat des Français. Il a indiqué que les modalités relatives à l'octroi de ces primes seraient arbitrées « d'ici quelques

jours ». Car, jusque-là, la cacophonie a prévalu. Fini la prime qu'on a crue automatique. Fini le montant annoncé de 1000 euros. Sarkozy se contente de ripoliner des dispositifs du passé, comme celui de Villepin de 2006 ou la prime pour le pouvoir d'achat de la loi Tepa en 2008. Selon le calcul du quotidien les Échos, 3000 entreprises avaient utilisé le premier dispositif, pour un million de salariés, soit... 3 % de la population active.

Lionel Venturini

(source l'Humanité)

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