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Samedi 9 Octobre 2010:
Les salariés de l'automobile exacerbés montent au créneau Plus de 3000 salariés et sous-traitants de la filière ont manifesté, hier, à l'appel de la CGT, avant d'envahir le Salon de l'automobile, à la porte de Versailles, à Paris. Sous le pont Mirabeau coule la contestation. Hier, 3000 sous-traitants et employés de la filière auto ont défilé, à l'appel de la CGT, des bords de la Seine vers le Salon de l'automobile (15e arrondissement de Paris). Blouse bleue sur le dos, deux vuvuzelas dans la bouche, boules Quiès de rigueur, Sébastien Lemaire veut qu'on l'entende. En septembre, la direction de son site Cooper-Standard de Bolbec (Seine-Maritime) a annoncé la fermeture d'ici à mars 2011. Depuis le début de la mobilisation contre la réforme des retraites, il y a près de 100 % de grévistes chez le sous-traitant. « On se bat sur les deux fronts, pour nos emplois et ensuite avoir une retraite. » Sur la route, la colère monte dans les tours. La crise du secteur automobile avec son panel de plans sociaux et de chômage partiel laisse une trace indélébile chez les salariés. Et la réforme des retraites est la goutte d'huile qui menace de faire exploser le moteur. « Sans nous, pas de bagnoles ». Crient-ils, alors que bon nombre de sites sont aussi menacés par des délocalisations. À l'entrée du salon, certains manifestants passent les contrôles et laissent leur banderole. D'autres secouent le portail, qui s'ouvre laissant passer un flot de gilets rouges. L'intrusion des manifestants est durement réprimée par la police. Les bombes lacrymo censées les faire taire exacerbent au contraire les tensions. Un salarié de Renault Sandouville (Seine-Maritime), les yeux rougis, interpelle un des policiers leur interdisant l'accès au Salon. « Pourquoi tu ne nous laisses pas passer ? On est des employés comme toi, dans la même merde ! Sans nous (les manifestants), on obtiendrait jamais rien ! » Des coups de matraque fusent, puis le barrage cède. À l'intérieur, les salariés de l'auto observent le fruit de leur dur labeur. « Ce sont des pneus Goodyear, c'est nous qui les avons faits ! » se réjouit Patrick devant une corvette rutilante. Mais côté atelier, la réalité est moins enviable, comme le souligne avec force Michael Wamen, secrétaire CGT du site d'Amiens (Somme). « Les gens inhalent du caoutchouc, bossent en trois huit, qui pense sérieusement qu'on peut durer jusqu'à soixante-deux ans ? » Lundi matin, une AG se tiendra pour déterminer la suite du mouvement. Mais l'issue semble inéluctable. « Pour en découdre avec ce projet, la seule solution, c'est de continuer. Le mouvement prend, on voit de plus en plus d'étudiants dans la rue ! » Poursuit Michael Wamen. D'après Gilbert, du site de Renault au Mans (Sarthe), même les cadres sont conscients que les ouvriers ne pourront pas tenir le choc de la retraite à soixante-deux ans. Rassuré qu'EDF, les cheminots... aient déjà déposé un préavis reconductible, il espère la petite étincelle qui allumera durablement la contestation. Les manifestants repartent, laissant la moquette jonchée de confettis et de journaux gratuits. Sarah, employée au Salon, leur jette un regard bienveillant. « Moi non plus je ne me vois pas travailler plus longtemps, et je les comprends. » Cécile Rousseau (source l'Humanité)
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