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Vendredi 13 août 2010:
Les producteurs mettent la pression Depuis plusieurs mois déjà, les agriculteurs multiplient les opérations d'étiquetage dans les grandes surfaces, pour dénoncer les industriels accusés de ne pas respecter les accords de 2009. ils ont également déversé du fumier devant les grilles de transformateurs, comme au début du mois d'août à Maromme. Désabusés ou mobilisés par la moisson, les agriculteurs de la région ne seront pas forcément très nombreux, ce matin, devant les sièges sociaux des groupes industriels accusés de les étrangler en ne leur achetant pas le lait à son juste prix, soit 340 € les 1000 litres au lieu des 300 € aujourd'hui versés en moyenne. Mais ceux qui, à l'appel de leur organisation syndicale, se regrouperont à Viroflay (Yvelines) au pied de l'immeuble du groupe Bongrain, leader européen et mondial de la transformation du lait avec un chiffre d'affaires de 1,6 milliards d'euros au premier semestre 2010, en progression de 4,1 % à données comparables par rapport à la même période de l'année précédente, seront assurément extrêmement déterminés. « Ils pourraient être tentés par la violence » « Je crains que nous puissions être dépassés par les événements si l'on se moque trop de nous », prévient Manuel Gavelle, président de la section lait de la FDSEA (fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles) de l'Eure, qui avoue avoir demandé mardi, lors d'une réunion à la préfecture d'Évreux, la nomination d'un conciliateur « pour éviter les actions trop dures ». « Les producteurs sont à bout. Certains arrêtent. D'autres comprennent qu'ils ne pourront plus s'en sortir. Or ils ont peu de volants d'action et pourraient être tentés par la violence », ajoute-t-il. Dans l'Eure, où 650 producteurs fournissent annuellement 230 millions de litres de lait, la structure des exploitations a fait que les agriculteurs, pris par les travaux des champs, n'ont pas participé massivement aux opérations d'étiquetage désignant, dans les grandes surfaces, les produits-phares des grands groupes accusés de ne pas jouer le jeu du partage d'une prospérité retrouvée. En revanche, une centaine de manifestations de ce type ont été menées depuis quelques mois en Seine-Maritime, où elles ont reçu, affirme Sylvain Gangneux, responsable syndical à l'Union syndicale agricole, un accueil compréhensif, à défaut d'être enthousiaste, de la part des directeurs de supermarchés. « Les consommateurs nous soutiennent, poursuit-il. Comme nous, ils font toujours les frais de la situation lorsque ça va mal, et n'en profitent jamais lorsque ça va mieux. C'est pourquoi nous appelons au boycott des marques des groupes ne respectant pas les accords. » « Les indicateurs étaient meilleurs. Nous pouvions nous attendre à une éclaircie après une année qui a vu nos revenus chuter de près de 50 %. Au lieu de ça, nous traversons des difficultés aggravées par la sécheresse et par la flambée des cours des céréales qui augmentent les frais d'élevage. S'il n'y a pas d'augmentation nette et franche du prix du lait, ça va bouger à nouveau très fort dans les campagnes », avertit Jean-Claude Malo, président de la Confédération paysanne en Seine-Maritime. Reste à déterminer les moyens d'action. Cela, dit-il, « dépendra de la météo » : déjà étranglés par un prix annuel du lait ne permettant pas d'en vivre correctement, les agriculteurs n'ont pas franchement les moyens de déserter leurs parcelles en période de moisson, les jours de grand soleil. Pour autant, des actions plus dures ne sont pas à exclure ultérieurement. Dans la région, le lait est encore prêt à bouillir. Frank Boitelle (source le havre libre du jeudi 12 août)
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