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Dimanche 3 Octobre 2010:

Les manifestants ne battent pas en retraite

Social. Au Havre, la mobilisation sur la réforme des retraites reste ferme. Hier après-midi, le défilé, sans battre des records, a démontré que les manifestants avaient le désir de ne pas fléchir face au gouvernement.

Après une heure et demie de marche sur le pavé humide du centre-ville, les comptables de l'organisation du défilé pour le maintien de la retraite à 60 ans, palabrent avant de dévoiler le chiffre des manifestants.

« Un samedi, il n'y a pas hésité »

Pierre Lebas, secrétaire de l'Union Locale de la CGT du Havre, fait la moue et lâche : « 35 000, voire 40 000... Il y avait moins de portuaires, c'est sûr, mais ils ont été en grève toute la semaine. Là, aujourd'hui, il y avait des nouveaux, ceux qui viennent pour la première fois, parce que c'est un samedi. Alors, oui, on a fait aussi bien que le 23 septembre dernier. » La police annonce, une demi-heure plus tard, le chiffre de 7500, soit une régression par rapport au 9000 du dernier défilé. » Cette bataille de chiffres est le nerf de la communication sans merci à laquelle se livrent organisations syndicales et autorités. Jusqu'à l'outrance peut-être... Mais, une heure et demie avant, au démarrage du défilé, place Tiers, les manifestants ont un mauvais pressentiment.

« Comme ça, à vue de nez, il y a moins de monde » juge un vieux militant. « Le samedi, ce n'est pas évident. Ça marche bien sur des conflits locaux, comme les ACH, il y a une dizaine d'années. Mais sur des thèmes nationaux, c'est moins évident. » À tel point que les organisateurs portent pour le circuit court avant de se raviser, trois quarts d'heure plus tard.

« Les gens rejoignent le défilé au fur et à mesure » indique le service de sécurité des syndicats. Christophe, éboueur, est venu avec sa femme et ses trois blondinettes. « Je ne peux pas faire toutes les grèves, car il y a les factures à la fin du mois. Mais, un samedi comme ça, nous n'avons pas hésité... Cette réforme des retraites, pour des petits salaires comme le mien, ce n'est pas possible. Surtout quand on voit ce que certains se mettent dans les poches. » Le cortège s'étire tout autour de la place de l'hôtel de ville. La pluie qui commence à tomber ne freine pas les ardeurs. « Moi, je les fais toutes, les manifs, » jure Ludivine, 26 ans, enseignante. « La retraite, ça concerne tout le monde. On nous parle de résignation. Pour moi, en tout cas... »

Tout seul avec sa petite pancarte

Sous les slogans d'Anita Menendez, la voix de la CGT, qui appelle à la grève générale, les manifestants poursuivent leur chemin par le quai Georges-V. Michaël. 27 ans, employé du bâtiment, défile pour la première fois. « Mon patron, c'est un bon mec, je ne veux pas pénaliser la boîte » raconte-t-il. « Mais comme c'est un samedi, je me suis dit qu'il fallait y aller. Tout seul avec ma petite pancarte. »

Lui craint la maladie qui ne le fera pas tenir après 60 ans. « J'ai déjà mal au dos. Ça craint quand même ! » Le cortège tourne vers le cours de la République et décide de se rendre jusqu'à Franklin, la maison des syndicats, symbole de toutes les luttes sociales au Havre. Les vuvuzelas couvrent les slogans, un fumigène est allumé en signe de victoire.

Pendant que les syndicats affinent leurs comptes, la majorité remballe ses drapeaux et se disperse. La prochaine manif contre la retraite : le 12 octobre. Seront-ils tous au rendez-vous ?

Philippe Lenoir

(le havre libre)

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